‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 133 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ancêtres, il reprit la vie de fermier anglo-saxon, avec ion d'autres habitudes, des souvenirs d'ancienne opulence et des regrets d'ambition, sinon pour lui-même, du moins pour son fils en âge de s'élever, comme autrefois il l'avait fait, par la profession des armes.

Pendant que le chef danois prenait son repas, le maître et la maîtresse du logis entrèrent pour saluer l'étranger et remplir envers lui les devoirs de l'hospitalité. Celui-ci observa qu'ils étaient distingués tous les deux par la beauté de leur figure et par une mise élégante1. Il fut traité durant un jour avec toutes sortes d'égards, et, quand vint le soir, on amena deux chevaux de belle apparence et bien harnachés : « Voici le moment de partir, dit Wulfnoth « à son hôte ; adieu. Je remets entre tes mains mon « fils unique ; si tu arrives auprès de ton roi, et si tu «as quelque pouvoir, fais en sorte, je te prie, qu'il « soit reçu à son service. Car il ne pourra plus désor- « mais habiter avec moi, si les gens du pays appren- « nent que tu t'es sauvé par son aide 2. Quant à ce « qui me regarde, ajouta-t-il d'un ton de fierté qui « rappelait son ancienne existence, je trouverai le « moyen d'écarter le péril qui ne menacerait que moi « seul. » Le chef danois, sans déclarer qui il était, promit de solliciter pour Godwin l'admission dans la garde du roi Kntit. Le jeune homme et lui montèrent à cheval, et, protégés dans leur route par

1. Intrant pater materque familia?, utrique et forma? honestate et vestium ornatu notabiles. (Knytlinga Saga, cap. xi, apud Scripta historica hlandorum. t. XI, p. 181.)

2. Mecum enim versari ei ab hoc tempore non licebit, si rescierint incolœ te ejus opéra effugisse. (Ibid.)

l'obscurité de la nuit, ils arrivèrent au matin près de la station des vaisseaux et du campement de l'armée danoise. Dès que les soldats reconnurent leur chef qu'ils croyaient mort et qui était le beaufrère du roi, ils l'entourèrent et le saluèrent des plus vives acclamations. Godwin apprit alors pour la première fois quel était le haut rang de l'homme auquel il avait servi de guide K

Ulf, ne donnant pas de mesure à sa dette de reconnaissance, mena le jeune Saxon à sa tente et l'y fit asseoir sur un siège aussi haut que le sien, le traitant, dit la narration Scandinave, comme lui-même ou son propre fils2. Godwin fit, dans la troupe d'élite qui servait de garde au roi Knut, son apprentissage militaire, et de là, porté à la fois par la faveur et par son mérite, il gagna rapidement les postes supérieurs de l'armée. Il se signala en Danemark et en Norvège contre les rois ennemis de Knut, et lorsque l'Angleterre fut de nouveau soumise à. la royauté danoise, il y parvint au rang de gouverneur de province. Cet homme qui, de l'état de fils de fermier gardant les troupeaux de sa famille, s'éleva, grâce à la protection des étrangers, aux premières dignités de son pays, devait, par une destinée bizarre, contribuer plus qu'aucun autre à la ruine de la domination étrangère. Son nom va bientôt figurer parmi les

1. Qui conspecto agnitoque dynasta, universi ad eum confluere et salutare, eum quasi ab inferis recuperatum existimare... Tum primum sentire Gudinius cui se comitem prœbuisset. [Knytlittga Saga, cap. xi, apud Scripta historica Islandorum, t. XI, p. 182.)

2. Dynasta Gudirrium in celsa sedejuxta se collocavit, eumque tanquam seipsum aut filium suum habuit. (Ibid.)

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