LIVRE II
luminaire des tombeaux de saint Pierre et de saint iota Paul1. Le payement de cette rente, qu'on appelait en 1030 langue saxonne argent de Rome ou cens de Rome, plus ou "moins régulier, selon le degré de zèle et de richesse des rois et du peuple, fut presque entièrement suspendu aux neuvième et dixième siècles par les invasions danoises2. Voulant expier le tort que ses compatriotes avaient fait à l'Église, et surpasser en munificence tous les rois anglo-saxons, Knut fit revivre cette institution, en lui donnant la plus grande étendue ; il soumit toute l'Angleterre à un tribut perpétuel, qu'on appela denier de saint Pierre. Cet impôt, payable à raison d'un denier en monnaie du temps, par chaque maison habitée dans les villes et dans les campagnes, devait, aux termes des ordonnances royales, être levé chaque année, à la louange et gloire de Dieu-Roi, le jour de la fête du prince des
apôtres3.
Les hommages pécuniaires des anciens rois saxons envers l'Église romaine n'avaient aggravé en aucune sorte la dépendance religieuse de l'Angleterre. Cette dépendance et le pouvoir de l'Église étaient alors d'une nature essentiellement spirituelle ; mais durant
1 ... Ad emendum oleum, quo implerentur omnia luminari'a Ecclesiœ apostolica? in vespera# Pascbœ. (Baronii Annales ecclesiasl.,
t. XI, p. 145.)
2. Vovez Ducange Glossar., verbo Rom-feoh ; Spelman. Glossar., verbo Rom-skeat, et AVilkins Leg. anglo-sa.ron., p. 52, 77 et 114.
3. Romfeh, id est Romœ census, quem beato Petro, singulis annis, reddendum, ad laudem et gloriam Dei régis, nostra larga benignitas semper instituit, in festo sancti Pétri reddatur. (Leges Cnuti régis, art. xii; Chron. Jolian. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 920, éd. Selden.)
le cours du neuvième siècle, par suite des révolutions survenues en Italie, la suprématie de la cour de Rome prit un caractère tout nouveau. Plusieurs villes, échappées à l'autorité des empereurs de Constantinople, ou enlevées par les Franks aux rois des Langobards, s'étaient rangées sous l'obéissance du pape, qui réunit ainsi la qualité de souverain temporel à celle de chef de l'Église. Le nom de patrimoine de saint Pierre cessa dès lors d'être appliqué à de simples domaines séparés par de grandes distances, disséminés en Italie, en Sicile, en Gaule ; il servit à désigner un territoire vaste et compacte, possédé ou régi souverainement à titre de seigneurie1. Suivant la loi constante et universelle du développement politique, ce nouvel État ne devait pas plus que tout autre être dépourvu d'ambition, et sa tendance nécessaire était d'abuser, dans des vues d'intérêt matériel, de l'influence morale que son chef exerçait sur les royaumes d'Occident.
Après une semblable révolution, l'envoi d'un tribut annuel à la cour pontificale ne pouvait manquer d'avoir, au m<:»ins dans l'esprit de cette cour, un tout autre sens qu'auparavant. Des idées inouïes jusque-là commençaient à y germer ; on parlait de la suzeraineté universelle de saint Pierre sur tous les pays lointains qui avaient reçu de Rome la foi chrétienne. L'Angleterre était de ce nombre ; il y avait donc péril pour l'indépendance politique de ce royaume dans l'obligation d'un tribut, simple témoignage de ferveur chrétienne. Personne, il est vrai, ne soupçonna
1 Fleury, Hist. ecclùiast., t. VIII, p. 29.