LIVRE II
les conséquences que pourrait avoir l'engagement iois perpétuel du denier de saint Pierre, ni le roi qui prit 1030 cet engagement, soit par zèle religieux, soit par ostentation de pouvoir, ni le peuple, qui s'y soumit sans murmure comme à un acte de piété. Pourtant il ne fallut pas un demi-siècle pour développer ces conséquences et amener la cour de Rome à traiter l'Angleterre en fief du siège apostolique.
Vers l'année 1030, le roi Knut résolut d'aller en 1030 personne à Rome, pour visiter les tombeaux des apôtres, et recevoir les remercîments que méritaient ses largesses; il partit avec un nombreux cortège, portant une besace sur l'épaule, et un long bâton à la main. Ayant accompli son pèlerinage, et sur le point de retourner dans le nord, il adressa à toute la nation anglaise une lettre où règne un ton de bonhomie qui contraste singulièrement avec l'éducation et les premiers actes de royauté du fils de Swen1.
« Knut, roi d'Angleterre et de Danemark, à tous « les évêques et primats, et à tout le peuple anglais, « salut. Je vous fais savoir que je suis allé à Rome « pour la rédemption de mes fautes et pour le salut « de mes royaumes. Je remercie très-humblement le « Dieu tout-puissant de ce qu'il m'a octroyé une fois « en ma vie la grâce de visiter en personne ses saints « apôtres Pierre et Paul, et tous les saints qui ont « leur habitation, soit au dedans des murs, soit au « dehors de la cité romaine. Je me suis déterminé à
1. ... Cum omni suo comitatu baculum et peram gestans Roraam petivit. (Torfrci Bist. rer. norveg., pars III, lib. III, cap. xvi, p. 223.) — Emma? reginœ Encomium, apud Script, rer. demie, t. II, p. 493, in
notis.
1030 « ce voyage, parce que j'ai appris, de la bouche des « sages, que l'apôtre Pierre possède une grande puis- « sance de lier et de délier, et qu'il est le porte-clefs « du royaume céleste; c'est pourquoi j'ai jugé utile « de solliciter spécialement sa faveur et son patro- « nage â.
« Il s'est tenu ici, dans la solennité pascale, une « grande assemblée d'illustres personnes, savoir : le « pape Jean, l'empereur Kunrad, et tous les premiers « des nations', depuis le mont Gargano jusqu'à la « mer qui nous avoisine. Tous m'ont accueilli avec « distinction, et m'ont honoré de riches présents : j'ai « reçu des vases d'or et d'argent, des étoffes et des « vêtements de grand prix 3. Je me suis entretenu « avec l'empereur, le seigneur pape et les autres « princes, sur les besoins de tout le peuple de mes « royaumes, tant anglais que danois. J'ai taché d'ob- « tenir pour mes peuples justice et sûreté dans leurs « voyages à Rome, et surtout qu'ils ne soient plus « dorénavant retardés dans leur route par les clôtures « des monts, ni vexés par d'énormes péages *. J'ai « fait aussi mes plaintes au seigneur pape sur l'énor- « mité des sommes exigées jusqu'à ce jour de mes « archevêques, quand ils se rendaient, suivant l'usage, « auprès du siège apostolique, afin d'obtenir le pal-
1. ... Clavigeram esse regni cœlestis, et ideo specialius ejus patrocinium apud Dominum diligente! expetere valde utile duxi. (Florent. Wigorn. Chron., p. 620 et 621.)