‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 147 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

lui qu'il n'avait pris aucune part ni directe ni indi- kmo recte a la mort du fils d'Ethelred. Cette preuve légale ne suffit pas auprès du roi Hardeknut, et, pour lui donner de la valeur, il fallut que le chef saxon raccompagnât de riches présents, dont le détail, s'il n'est pas fabuleux, peut faire croire que beaucoup d'Anglais aidèrent leur compatriote à se racheter d'une accusation intentée de mauvaise foi. Godwin donna au roi un vaisseau orné de métal doré , monté par quatrevingts soldats portant des casques dorés, une hache dorée sur l'épaule, et à chaque bras des bracelets d'or du poids de six onces *. Un évêque saxon, nommé Leofwin2, accusé d'avoir aidé le fils de Wulfnoth dans sa trahison prétendue, se justifia comme lui à force de présents.

En général, dans ses relations avec les vaincus, Hardeknut montra moins de cruauté que d'avarice ; mais son amour pour l'argent égalait et surpassait peut-être celui des rois pirates ses aïeux. Il accabla l'Angleterre de tributs 3, et plus d'une fois ses collecteurs de taxes furent victimes de la haine et du désespoir qu'ils excitaient. Les citoyens de Worcester en tuèrent deux dans l'exercice de leurs fonctions. Dès que la nouvelle de ce meurtre parvint aux autorités danoises, deux chefs de cette nation, Leofrik

1. ... Apposait ille iidei jurata? exenium... vatem auro rostratam. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud lier, anglic. Script., p. 77, éd. Savile.)

2. Willelm. Malmesb., ibid. — Leof-icin. Leof, lief, lieb, cber, bienaimé ; win, ami.

3. ... Tributum inexorabile et importabile Angliœ imposait. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud Ber. anglic. Script.. p. 7(5, éd. Savile.)

et Siward, dont l'un commandait en Mercie et l'autre en Nortlmmbrie, réunirent leurs forces et marchèrent contre la ville rebelle, avec ordre de la dévaster par le fer et le feu. Les habitants en masse abandonnèrent leurs maisons, et se réfugièrent dans une des îles que forme la Saverne ; ils y élevèrent des retranchements et résistèrent jusqu'au point de lasser les assaillants, qui leur permirent de retourner en paix dans leurs habitations incendiées.

Ainsi l'esprit d'indépendance, que les vainqueurs appelaient révolte, se ranimait peu à peu chez les fils des Saxons et des Angles. D'ailleurs, pour éveiller en eux les regrets de la liberté perdue, les misères et les affronts ne manquaient pas !. Le Danois qui portait le titre de roi d'Angleterre n'était pas seul à opprimer les indigènes; il avait sous lui toute une nation d'étrangers, et chacun y travaillait de son mieux. Ce peuple supérieur, dont les Anglais étaient sujets et non simples concitoyens, ne payait point d'impôts comme eux, et se partageait, au contraire, les impôts levés par son chef, recevant, à des époques fixes, de grandes distributions d'argent2. Quand le roi , dans ses revues militaires ou dans ses promenades de plaisir, prenait pour son logement la maison d'un Danois, le Danois était défrayé tantôt en argent 3, tantôt en bétail , que le paysan saxon avait

1. ... ProcontemptibusquosAngli aDanis sœpiusreceperant. (C/»ron. Joli an. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 954, éd. Selden.)

2 ... Classiariis suis pev singulas navcs viginti marcas. (Willelm. Malmesb., loc. sup. cit.) — Navium singulis remigibns, vm marcas. (Cliron. sa.ron., éd. Gibson, p. 156.) — xxxn navibus, xi millia libvavura. (Ibid.)

3. Iste dédit... Danjs xxvni mill. lib. argenti ad sumptus Los-

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