LIVRE III 2rl
« ne vous convient pas, dit-il au roi, de condamner, 1048 « sans les entendre, des hommes que votre devoir est « de protéger '. »
La colère d'Edward, animée par les clameurs de ses courtisans et de ses favoris, se tourna tout entière contre le chef anglais, qui, accusé lui-même de désobéissance et de rébellion, fut sommé de comparaître devant un grand conseil convoqué à Glocester.Godwin s'émut peu d'abord de cette accusation, pensant que le roi se calmerait, et que les autres chefs lui rendraient justice2. Mais il apprit bientôt que, par l'influence royale et par les intrigues des étrangers, l'assemblée avait été séduite, et qu'elle devait rendre un arrêt de bannissement contre lui et contre ses fils. Le père et les fils résolurent d'opposer leur popularité à ces manœuvres, et de faire un appel aux Anglais contre les courtisans d'outre-mer, quoiqu'il fût loin de leur esprit, dit encore l'ancienne chronique, de vouloir faire aucune violence à leur roi national 3.
Godwin leva une troupe de soldats volontaires dans le pays situé au sud de la Tamise, pays qu'il gouvernait dans toute son étendue. Harold, l'aîné de ses fils, rassembla beaucoup d'hommes sur les côtes de Test, entre la Tamise et le golfe de Boston; son second fils, nommé Sweyn, engagea dans cette opposition patrio-
1. Iniquum videvi ut quos tutari debeas, eos ipse potissimlim inau* ditos adjudices. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. anyl.} lib. II, apud Ber. anglic. Script. } p. 81, éd. Savile. )
2. ... Godwino parvipendente régis furorem quasi momeutaneum. (Ibid.)
3. ... Licet iis odiosum videretur ad versus ipsorum dominum genùiniun (Cyne hlaforde) quidquam moliri. (Chron. saxon., éd. Gibson p. 164.)
io46 tique les habitants des bords de la Saverne et des frontières galloises. Les trois corps d'armée se réunirent près de Glocester, et demandèrent au roi, par des messages, que le comte Eustache et ses compagnons, ainsi que plusieurs Normands et Boulonnais qui se trouvaient en Angleterre, fussent livrés au jugement de la nation. Edward ne répondit point à ces requêtes, et envoya aux deux grands chefs du nord et des provinces centrales, à Siward et à Leofrik, tous les deux Danois de naissance, l'ordre de se mettre en marche vers le sud-ouest avec toutes les forces qu'ils pourraient rassembler. Les gens de Northumbrie et de Mercie qui s'armèrent, à l'appel fait par les deux chefs, pour la défense de l'autorité r< >yale, ne le firent point avec ardeur. Siward et Leofrik entendaient murmurer par leurs soldats qu'on se trompait, si l'on comptait sur eux pour verser le sang de leurs compatriotes en laveur de l'intérêt étranger et des favoris du roi Edward.
Tous deux furent sensibles à ces remontrances; la distinction nationale entre les An glo- Saxons et les Anglo-Danois était devenue assez faible pour que la vieille haine des deux races ne pût désormais servir d'instrument à une cause ennemie de celle du pays. Les chefs et les guerriers des provinces septentrionales refusèrent d'en venir aux mains avec les insurgés du sud ; ils demandèrent qu'un armistice eût lieu entre le roi et Godwin, et que leur différend fût débattu devant une assemblée tenue à Londres *.
1. Comiti Leofrico et quibusdam aliis magnum videhatur consilium. ne ipsi cum suis compatriotis belhim iuirent. (Koger de Hoved. Annal., pars I, apud Rer. angîic. Script., p. 441, éd. Savile.)