‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 157 sur 233 · LIVRE III 2o · texte numérisé non relu

LIVRE III 2o

Edward fut contraint de céder. Godwin, qui ne sou- 10is haitait point la guerre pour elle-même, consentit volontiers ; et d'une part et de l'autre, dit la chronique saxonne, on se jura la paix de Dieu et une parfaite amitié1. C'était la formule du siècle; mais, d'un côté du moins, ces promesses furent peu sincères. Le roi profita du temps qui lui restait jusqu'à la réunion de l'assemblée, fixée à l'équinoxe d'automne, pour augmenter la force de ses troupes, pendant que Godwin se retirait vers les provinces du sud-ouest, et que ses bandes volontaires, n'ayant ni solde ni quartiers, retournaient dans leurs familles. Faussant, quoique indirectement, sa parole, Edward fit publier, dans l'intervalle, son ban pour la levée d'une armée, tant au sud qu'au nord de la Tamise 2.

Cette armée, disent les chroniques, était la plus nombreuse qu'on eût vue depuis le nouveau règne 3. Le roi en donna le commandement à ses favoris d'outre-mer, parmi lesquels figurait au premier rangun jeune fils de sa sœur Goda et du Français Gaultier de Mantes. Edward cantonna ses forces au dedans de Londres et près de la ville, de façon que le conseil national s'ouvrît au milieu d'un camp, sous l'influence de la terreur et des séductions royales. Godwin et ses deux fils furent sommés par ce conseil , délibérant sous la force, de renoncer au bénéfice des serments

1. Godes grith and fulne Ireondscipe. (Chron. saxon. , éd. Gibson,

2. Bannan ut hère. (Ibid.) — Chron. saxon., Fragm. sub anno mlii, apud Gloss., cd. Lye, t. II, ad finem.

3. ... Omnium qui hue usque fuerint optimum. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 164.)

io48 qu'avaient prêtés entre leurs mains le peu d'hommes qui leur restaient !, et de comparaître sans escorte et sans armes. Ils répondirent qu'ils étaient prêts à obéir au premier de ces deux ordres, mais qu'avant de se rendre à l'assemblée seuls et sans défense, ils réclamaient des otages, pour garantie de leur sûreté personnelle à l'entrée et à la sortie 2. Deux fois ils répétèrent cette demande, que l'appareil militaire déployé dans Londres justifiait pleinement de leur part 3, et deux fois on leur répondit par un refus et par la sommation de se présenter sans délai avec douze témoins qui affirmeraient par serment leur innocence. Ils ne vinrent pas, et le grand conseil les déclara contumaces volontaires, ne leur octroyant que cinq jours de paix pour sortir d'Angleterre avec toute leur famille*. Godwin, sa femme Ghitha, ou Edith, et trois de ses fils, Sweyn, Tosti et Gurth, se rendirent sur la côte de l'est, d'où ils s'embarquèrent pour la Flandre. Harold et son frère Leofwin allèrent vers l'ouest à Brig-stow, maintenant Bristol, et passèrent la mer d'Irlande. Avant l'expiration du délai de cinq jours, et au mépris du décret de l'assemblée, le roi fit courir à leur poursuite une troupe de cavaliers armés ; mais le commandant de cette troupe,

1. Servitium militum, quos per Angliam habebant, régi contractèrent. (Willelm. Malmesb., de Gesl. reg. angl., lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 81, éd. Savile.)

2 Rogabant pacem et obsides, quo securi ab insidiis concilium ingrederentur eoque egrederentur. (Chron. saxon., ed.Gibson, p. 164.)

3. ... Non posse ad conventiculum factiosorum sine vadibus et obsidibus pergere. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud lier, anglic. Script. , p. 81, éd. Savile.)

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