LIVRE III
qui était un Saxon , ne put ou ne voulut pas les at- is48 teindre1.
Les biens de Godwin et de ses enfants furent saisis et confisqués. Sa fille, l'épouse du roi, fut dépouillée de tout ce qu'elle avait en terres, en meubles et en argent. Il ne convenait pas, disaient avec ironie les courtisans étrangers, que, dans le temps où la famille de cette femme souffrait les peines de l'exil, elle-même dormît sur la plume 2. Le faible Edward alla jusqu'à permettre qu'on l'emprisonnât dans un cloître; les favoris prétendaient qu'elle n'était son épouse que de nom, bien qu'elle partageât son lit, et lui-même ne démentait pas ce propos, sur lequel se fonda en partie sa réputation de sainteté 3. Les jours qui suivirent furent des jours d'allégresse et de fortune pour les gens venus d'outre-mer, et la Normandie fournit plus que jamais des gouverneurs à l'Angleterre. Les Normands y obtenaient peu à peu la même suprématie que les Danois avaient conquise autrefois par l'épée. Un moine de Jumiéges, appelé Robert, devint archevêque de Canterbur y ; un autre moine normand fut évêque de Londres ; des prélats et des abbés saxons furent déposés, pour faire place aux chapelains étrangers du roi Edward 4. Les gouverne-
1. ... At illi non potuerunt aut noluerunt. (Chron. saxon., Fragm. sub anno MUT, apud Gloss., éd. Lye, t. II, ad finem.) — Roger de Hoved. Annal., pars I, apud Rer. anglic. Script., p. 441, éd. Savile.
2. Ne scilicet, omnibus suis parentibus patriam suspirantibus, sola sterteret in pluma. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 82, éd. Savile.)
3. ... Nuptam sibi rex bac arte tractabat, ut nec tboro amoveret, nec virili more cognoscevet. (Ibid., p. 80.)
4. TuiiC Sparhafocus abbas fuit pulsus suo episcopatu in Lundeue ,
ments de Godwin et de ses fils furent le partage 10à51 d'hommes portant des noms exotiques; un certain Eudes devint chef des quatre provinces de Devon, de Sommerset, de Dorset et de Cornouaille, et le fils de Gaultier de Mantes, nommé Raoul, eut la garde de la province de Hereford et des postes de défense établis contre les Gallois *.
Bientôt un nouvel hôte de Normandie, le plus considérable de tous, vint visiter le roi Edward, et se promener, avec une suite nombreuse, à travers les villes et les châteaux de l'Angleterre 2; c'était Guillaume, duc des Normands, fils bâtard du dernier duc, nommé Robert, et que son caractère violent fit surnommer 10à3| Robert le Diable. Robert l'avait eu d'une jeune fille de Falaise, qu'un jour, à son retour de la chasse, il rencontra, près d'un ruisseau, lavant du linge avec ses compagnes. Sa beauté frappa le duc, qui, souhaitant de l'avoir pour maîtresse, envoya, dit une chronique en vers 3, l'un de ses plus discrets chevaliers faire des propositions à la famille. Le père reçut d'abord dédaigneusement de pareilles offres ; mais, par réflexion, il alla consulter un de ses frères, ermite à la foret voisine, homme de grande réputation reli-
et Willelmus régis pvesbyter fuit ad eara sedem consecratus. {Chron, saxon., éd. Gibson, p. 165.)
1. Roger de Hoved. Annal., pars I, apud Rer. anglic. Script.. p. 443, éd. Savile. — Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 81, éd. Savile.
2. ... Cuni multo militum comitatu... ad civitates et castella regia circumduxit. (Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 65, éd. Gale.)
3. Chronique des ducs de Normandie, par Benoît de Sainte-More t II, p. 555 et suivantes.