LIVRE III
jambe. « Eh bien, dit Godwin au roi en souriant, le 1053 « frère est venu au secours du frère. — Sans doute , « reprit Edward, jetant sur le chef saxon un regard « significatif, le frère a besoin de son frère, et plût « à Dieu que le mien vécût encore ! — 0 roi ! s'écria 0 Godwin , d'où vient qu'au moindre souvenir de ton « frère, tu me fais toujours mauvais visage? Si j'ai «contribué, même indirectement, à son malheur, « fasse le Dieu du ciel que je ne puisse avaler ce mor- « ceau de pain1! » Godwin mit le pain dans sa bouche, disent les auteurs qui rapportent cette aventure, et sur-le-champ il s'étrangla. La vérité est que sa mort ne fut point aussi prompte; que, tombé de son siège et emporté hors de la salle par deux de ses fils, Tosti et Gurth, il expira cinq jours après'-. En général, le récit de tous ces événements varie, selon que l'écrivain est Normand ou Anglais de race. « Je « vois toujours devant moi deux routes et deux verce sions opposées, dit un historien postérieur de moins « d'un siècle ; que mes lecteurs soient avertis du péril « où je me trouve moi-même3. »
Peu de temps après la mort de Godwin, mourut 1054
1. Tu, inqu.it, o rex, ad omnem memoriam germani tui, rugato me vultu video quod aspicias. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 81, éd. Savile.) — Ailredus abbas Rie val., apiid Hist. anglic. Script., éd. Selden, t. I, p. 395.
2. Sed ille expers virium quinta posthac feria vita decessit. (Simeonis Dunelm. Hist., p. 187, éd. Selden.) — Roger de Hoved. Annal., pars I, éd. Savile, p. 443.
3. Lectorem praemonitum volo quod hic quasi ancipitem viam narrationis video quia veritas factorum pendet in dubio. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, p. 80.) — Propter istas ut dix i altercationes periclitatur oratio, dum quod ex asse verum défïniam non habeo. (Ibid., p. 81.)
,054 Siward, chef du Northumberland, qui d'abord avait suivi le parti royal contre Godwin, et qui ensuite avait voté pour la paix et pour l'expulsion des favoris étrangers. Il était Danois de naissance, et la population de même origine à laquelle il commandait lui donnait le nom de Siward-Digr , c'est-à-dire Siward le Fort1 ; on montra longtemps une grosse pierre qu'il avait, disait-on, coupée en deux d'un coup de hache4. Attaqué par la dyssenterie, et sentant sa fin approcher : « Levez-moi, dit - il à ceux qui l'entouraient ; a que je meure debout comme un soldat, et non ac- « croupi comme une vache ; revêtez-moi de ma cotte « de mailles, couvrez ma tête de mon heaume, mettez a mon écu à mon bras gauche et ma hache dorée dans « ma main droite, afin que j'expire sous les armes $. » Siward laissait un fils appelé Waltheof, trop jeune encore pour lui succéder dans son gouvernement de Northumbrie ; cet emploi fut donné à Tosti, le troisième des fils de Godwig. Harold, qui était l'aîné, remplaça son père dans le gouvernement de tout le pays situé au sud de la Tamise, et remit à Alfgar, fils de Leofrik, gouverneur de Mercie, l'administration des provinces de l'est qu'il avait gouvernées jusque-là4.
1. Sig-ward Digr... (Origo et gesta Sivavdi régis, apud Script, rer. danic, t. III, p. 288.)
2. Ira fervente commotus, bipenni quam in manu gestabat globum quemdam iapideum ictu validissinio secuit, vestigiis adbuc eminentibus. (Origo et gesta Sivardi régis, apud Script, rer. danic, t. III, p. 292 et 302.)
3. Henrici Huntind. Hist., lib. VI, apud Rer. anglic. Script., p. 366, éd. Savile. — Ranulf. Higden. Polychron., lib. VI, apud Rer. anglic. Scri}>t., t. I, p. 281, éd. Gale.
4. Roger de Hoved, Annal., pars I, apud Rer. anglic, Script., -p. 443, éd. Savile.