‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 168 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Harold était alors, en puissance et en talents mili- 1055 taires, le premier homme de son pays1. Il refoula dans leurs anciennes limites les Gallois, qui firent vers ce temps plusieurs irruptions, encouragés par le peu d'habileté du Français Raoul, neveu d'Edward, qui commandait la place frontière de Hereford et avait sous lui une troupe de ses compatriotes restés par tolérance en Angleterre2. Raoul se montrait peu vigilant pour la garde d'un pays qui n'était pas le sien; ou si, en vertu de son pouvoir de chef, il appelait les Saxons aux armes, c'était pour les exercer malgré eux à la tactique du continent, et les faire combattre à cheval3, contre l'usage de leur nation. » Les Anglais, embarrassés de leurs montures, et abandonnés par leur général, qui prit la fuite au premier péril, ne résistèrent point aux Gallois; les lieux voisins de Hereford furent envahis, et la ville même fut pillée4. C'est alors que Harold vint du sud de l'Angleterre; il chassa les Cambriens jusque par delà leurs frontières; il les contraignit de jurer qu'ils ne les repasseraient plus , et d'accepter comme loi que tout homme de leur nation, trouvé en armes à l'est du retranchement d'Offa, aurait la main droite coupée5. Il paraît que les Saxons élevèrent de leur côté

1. Erat enim (Hai-oldus) multum audax et probus, toto corpore pulcherrimus, eloquentia lepidus, et affabilis omnibus. ( Willelm. Gemiticensis, de Ducibus normannis, p. 665, éd. Camden.)

2. Contra quos timidus dux Radulfus régis Eadwardi sororis filins exercitum congregans... (Roger de Hoved. Annal., pars I, apud Rer. anrjlic. Script., p. 443, éd. Savile.)

3. Anglos contra morem equis in pugnare jussit. (Ibid., p. 446.)

4. Sed cum prœlium essent commissuri, cornes cura suis Francis et Normannis primus fugam capessit. (Ibid , p. 446.)

5. Sed illi, qui virum fortem et bellicosum imperatorem sciebant,

105b un autre retranchement parallèle, et que l'espace du milieu devint une sorte de terrain libre pour les commerçants des deux nations. Les antiquaires croient distinguer encore les traces de cette double ligne de défense, et sur les hauteurs, quelques restes d'anciens postes fortifiés, établis par les Bretons à l'ouest, et par les Anglais à l'orient1 .

1055 Pendant que Harold grandissait ainsi en renommée

io64 et en popularité auprès des Anglo-Saxons du sud, son frère Tosti était loin de s'attirer l'amour des Anglo-Danois du nord. Tosti, bien que Danois du côté de sa mère, par un faux orgueil national, traitait ses subordonnés en sujets plutôt qu'en citoyens volontairement réunis, et leur faisait sentir le joug d'un conquérant au lieu de l'autorité d'un chef. Il violait à plaisir leurs coutumes héréditaires, levait des tributs énormes, et faisait mettre à mort, sans jugement, les hommes qui lui portaient ombrage2. Après plusieurs

io64 années d'oppression, la patience des Northumbriens se lassa, et une troupe d'insurgés, conduite par deux hommes d'un grand nom dans le pays, se présenta subitement aux portes d'York, résidence de Tosti. Le chef s'enfuit ; mais ses officiers et ses ministres, Saxons et Danois de race, furent mis à mort en grand nombre.

cum eo committere bellum non audebant, in Sutlnvaloniam fugerunt. (Roger de Ho ved. Annal., pars I. apud Rer. anglic. Script., p. 446, éd. Savile.)

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