‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 169 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Les insurgés s'emparèrent des arsenaux et du tré- 1054 sor de la province ; puis, assemblant un grand conseil, ils déclarèrent le fils de Godwin déchu de son pouvoir et mis hors la loi1. Morkar, l'un des fils de cet Alfgar qui, après la mort de Leofrik, son père, était devenu chef de toute la Mercie, fut élu pour succéder à Tosti. Le fils d' Alfgar se rendit à York, prit le commandement de l'armée northumbrienne, et chassa Tosti vers le sud. L'armée s'avança sur les terres de Mercie jusqu'à la ville de Northampton, et beaucoup d'habitants de la contrée vinrent la grossir. Edwin, frère de Morkar, qui avait un commandement sur la frontière du pays de Galles, leva, pour soutenir la cause de son frère, quelques troupes de sa province, et même un corps de Cambriens, engagés sous la condition d'une solde, et peut-être par le désir de satisfaire leur haine nationale en combattant contre les Saxons, même sous une bannière saxonne2.

A la nouvelle de ce grand mouvement, le roi Edward fit marcher Harold, avec les guerriers du sud et de l'est, à la rencontre des insurgés. L'orgueil de famille blessé dans la personne d'un frère, joint à l'aversion naturelle aux gens puissants contre tout acte énergique d'indépendance populaire, semblait devoir faire de Harold un ennemi impitoyable pour la population qui avait chassé Tosti, et pour le chef qu'elle avait élu. Mais le fils de Godwin se mon-

1. Ac eum, cura omnibus qui legem iniquam statuere illum incita» vevant, exlegaverunt . (Roger de Hoved . Annal. , pars I, apud lier. anrjlir. Script., p. 446, éd. Savile.)

2. Multi item Britones (Bryttas) cura eo una venerunt. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 171.) — Roger de Hoved.. loc. sup. cit.

1064 tra supérieur à ces passions vulgaires, et, avant de tirer Fépée contre des compatriotes, il proposa aux Northumbriens une conférence pour la paix. Ceux-ci exposèrent leurs griefs et le motif de leur insurrection. Harold essaya de disculper son frère, et promit au nom de Tosti une meilleure conduite pour l'avenir, si le peuple de Northumberland lui pardonnait et l'accueillait de nouveau ; mais les Northumbriens protestèrent d'une voix unanime contre toute réconciliation avec celui qui les avait tyrannisés1. « Nous « sommes nés libres, dirent-ils, et élevés dans la « liberté ; un chef orgueilleux est pour nous une « chose insupportable, car nous avons appris de nos « ancêtres à vivre libres ou à mourir2. » Ils chargèrent Harold lui-même de porter leur réponse au roi. Harold, préférant la justice et le repos du pays à l'intérêt de son propre frère 3, se rendit auprès d'Edward; et ce fut encore lui qui, à son retour, jura aux Northumbriens la paix que le roi leur octroyait, en sanctionnant l'expulsion de Tosti et l'élection du fils d'Alfgar4. Tosti, mécontent du roi Edward, de ses compatriotes qui l'abandonnaient, et surtout de son

1. Dura Haroldus et alii quamplures comitera Tostium cura eis paciticare vellent. omnes unanimi consensu contradixerunt. (Roger de Hoved. Annal., pars I, apud Ber. anglic. Script., p. 446, éd. Savile.)

2. Se hommes libère natos, libère educatos, nullius ducis ferociam pati posse, a majoribus didicisse aut libertatem aut raortem. (Willelm. Malmesb., d« Gest. reg. angl., lib. II, apud Ber. anglic. Script., p. 83, éd. Savile.)

3. Qui magis quietem patriœ quam fratris commodum attenderet. (Ibid.)

4. Hoc iisrex concessit, et postea ad eos misit Haroldum ad Hamtune... qui id iis narravit, et manu data confirmavit. (CViron. saxon., éd. Gibson, p. 171.)

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