LIVRE III
frère, qu'il croyait tenu de défendre sa cause, juste 1064 ou injuste, quitta l'Angleterre, la haine dans le cœur, et se rendit auprès du comte de Flandre, dont il avait épousé la fille.
Depuis que le royaume était délivré de la domina- 1042 tion danoise, la loi du roi Knut pour la levée du tribut 1059 annuel, qu'on nommait le denier de saint Pierre, avait subi le sort des autres lois décrétées par le pouvoir étranger, La force publique ne contraignait personne à l'observer, et Rome ne recevait plus d'Angleterre que les offrandes . de dévotion et les dons volontaires des particuliers. Les arrérages du tribut s'accumulaient d'année en année, et dans son zèle pour y pourvoir, le roi Edward se voyait contraint d'en diminuer la source, en imposant la taxe d'un denier, non plus à toute maison habitée, mais seulement à celle où se trouvait du bétail pour une valeur de trente deniers1. Un envoi d'argent fait par lui en 1060 est, à ce qu'il paraît, le seul qui ait eu lieu loeo dans tout son règne-. Aussi l'antique amitié de l'Église romaine pour le peuple Anglais déclinait-elle rapidement; on se plaignait de lui et de son roi en termes peu mesurés dans le consistoire pontifical. Ce roi, d'une piété fervente, et qui devait être un saint canonisé, était qualifié de mauvais chef, et la nation
1. Omnis qui habuerit 30 denariatas vivas pecuniœ in domo sua de suo proprio, Anglorum lege, dabit denarium sancti Pétri. {Leges Edwardi régis, apud Wilkins, Leg. anglo-saxon., p. 198.)
2. Ego quoque, pro modulo meo, augeo et confirmo donationes et consuetudines pecuniarum quas habet sanctus Petrus in Anglia. Et ipsas pecunias collectas cum regalibus donis mitto vobis ut oretis pro me et pro pace regni mei. (Epistola Edwardi régis ad Nicoïaum papam II, apud Baronii Annales, t. XVII, p. 178.)
1060 qu'il gouvernait de peuple renonçant à la foi1. Le bon accueil toujours fait à Rome aux évêques anglais et aux ambassadeurs d'Angleterre couvrait un fond de rancune et de malveillance d'où sortaient à la moindre occasion des difficultés et des litiges. Parfois même, les envoyés du roi Edward, se sentant provoqués, répondaient par la menace d'une suppression totale de l'impôt levé au nom de saint Pierre. C'est ce que ne craignit pas de faire Tosti, le frère de Harold, accompagnant à Rome un archevêque d'York nouvellement élu qui sollicitait du' pape Nicolas II le pallium, signe et confirmation de sa dignité métropolitaine2.
io52 Un autre grief de l'Église romaine contre l'Angleioa6i terre était né de l'expulsion des Normands et des Français décrétée en 1052. Robert, l'archevêque de Canterbur y, dépossédé par sa fuite et par le suprême tribunal du pays, loin d'accepter ce jugement, s'était empressé d'aller à Rome porter plainte au pape
1. Novit prudentia tua Anglorum regnum, ex quo nomen Cliristi ibi clarificatum est, sub apostolorum principis manu et tutela extitisse, donec quidam membra mali capitis effecti, zelantes superbiam patris sui Satana?, pactum Dei abjecerunt et populum Anglovum a via veritatis averterunt... Nam, utbene nosti, donec Angli fidèles erant, piœ devotionis x*espectu ad cognitionem religionis annuam pensionem apostolica; sedi exbibebant. (Epistola Alexandri papx H ad Willelmum regem, apud Baronii Annales, t. XVII, p. 302.)
2. Diu igiturmultumqueconflictu babitn, Alclredus (arcbiepiscopus) reflexo pede Sutrium venit, Tostino comité qui cura eo venerat magnas eftiante minas. Quod nummi, quos Anglia quotannis romano papœ pensitat, bac occasione ulterius non inferrentur. (Willelm. Malmesb. Vita S. Wulstani, lib. I, cap. x, apud Pagi annales ecclesiast., t. IV, p. 211.) — Hoc minarum fulmine Romani territi papam flexerunt, Ut Aldvedo arcbiepiscopatum redderet et pallium (Idem, de Gest. pontifie, angl., lib. III, p. 271, eJ. Savile.)