LIVRE III
âge, que tout étranger jeté sur la côte par une jogs tempête, au lieu d'être humainement secouru, fût emprisonné et mis à rançon1. Harold et ses compagnons subirent cette loi rigoureuse; après avoir été dépouillés du meilleur de leur bagage, ils furent enfermés par le seigneur du lieu dans sa forteresse de Belram, aujourd'hui Beaurain, près deMontreuil2. Pour échapper à l'ennui d'une longue captivité, le Saxon se déclara porteur d'un message du roi d'Angleterre pour le duc de Normandie, et envoya demander à Guillaume de le faire sortir de prison, afin qu'il pût se rendre auprès de lui. Guillaume n'hésita point, et réclama de son voisin, le comte de Ponthieu , la liberté du captif, d'abord avec de simples menaces, sans nullement parler de rançon. Le comte de Ponthieu fut sourd aux menaces, et ne céda qu'à l'offre d'une grande somme d'argent et d'une belle terre sur la rivière d'Eaume 3. Harold se rendit à Rouen, et le duc de Normandie eut alors la joie de tenir chez lui, en sa puissance, le fils du plus grand ennemi des
1. Ascendit itaque Haroldus navern, quœ tempestate valida éjecta cnm omnibus quœ ferebat, in Pontivum fluvium qui Maia vocatur ; a domino terra? illius pro ritu loci captivitati illius addicitur. (Roger de Hoved. Annal., pars I, p. 449, éd. Savile.) — On appelait en Picardie droit de lagan le droit qui autorisait, au profit du seigneur, la saisie des choses apportées par la mer ou échouées sur les côtes. Ce droit fut aboli, en 1191, par le roi Philippe-Auguste et par Jean, comte de Ponthieu. — Voyez le Rec. des monuments inédits de ihist. du Tiers État, t. I, p. 115.
2. Boman de Rou, t. II, p. 110 et 111. — Eadmeri Hist. «ou., lib. I, p. 5, éd. Selden. — Hic apprehendit Wido Haroi.dcm et duxit eum ad Belrem et ibi EUM tenuit; Tapisserie de Baveux.
3. Chronique de Normandie • Becueil des hist, de la France, t. XIII, p. 223.
io65 Normands, l'un des chefs de la ligue nationale qui avait fait bannir d'Angleterre les fauteurs de ses prétentions sur la royauté des Anglais1. Le duc Guillaume accueillit le chef saxon avec de grands honneurs et une apparence de franche cordialité . il lui dit que les deux otages étaient libres sur sa seule requête, qu'il pouvait repartir avec eux ; mais qu'en hôte courtois il devait ne point tant se presser, et demeurer au moins quelques jours à voiries villes et les fêtes du pays 2.
Harold se promena de ville en ville, de château en château, et, avec ses jeunes compagnons, prit part à des joutes militaires. Le duc les fit chevaliers, c'està-dire membres de la haute milice normande, espèce de fraternité guerrière, où tout homme riche qui se vouait aux armes était introduit sous les auspices d'un ancien affilié , qui lui donnait en cérémonie une épée, un baudrier plaqué d'argent et une lance ornée d'une flamme. Les guerriers saxons reçurent en présent de leur parrain en chevalerie de belles armes et des chevaux de grand prix3. Ensuite Guillaume leur
1. Fuerant enim antea inimici ad invicem. (Matth. Paris t I. p. 1.) — Henrici Huntind. Hist., lib. VI, apud Ber. anglic. Script., p. 366, éd. Savile. — Hic dux "Willelm cum Haroldo venit Ar palatium buum; Tapisserie de Bayeux.
2. Qui a Willielmo multum honorifice suscipitur, et audito car patvia exierit, bene quidem rem processuram si in ipso non remaneret Wïllielmus respondit. (Roger de Hoved. Annal., pars I, p. 449, éd. Savile.)