LIVRE III
proposa, pour essayer leurs éperons neufs, de le suivre 1065 dans une expédition qu'il entreprenait contre ses voisins de Bretagne. Depuis le traité de Saint-Clairsur-Epte, chaque nouveau duc de Normandie avait tenté de rendre effectif le prétendu droit de suzeraineté que Charles le Simple avait cédé à Roll ; il en résultait des guerres continuelles et une inimitié nationale entre les deux États que séparait la petite rivière de Coësnon.
Harold et ses amis, follement jaloux d'acquérir un renom de courage parmi les hommes de Normandie, firent pour leur hôte, aux dépens des Bretons, des prouesses qui un jour devaient coûter cher à euxmêmes et à leur pays. Le fils de Godwin excita l'admiration de l'armée par sa haute taille, la beauté de sa figure et la grâce de ses manières ; robuste et adroit, il sauva de sa main au passage du Coësnon plusieurs soldats qui se perdaient dans les sables mouvants *. Lui et Guillaume, tant que dura la guerre, n'eurent qu'une même tente et qu'une même table 2. Au retour, ils chevauchaient côte à côte, égayant la route par un entretien amical, qu'un jour le duc fit tomber sur le temps de sa première jeunesse et sur ses relations avec le roi Edward , alors exilé en Normandie, a Quand Edward et moi, dit-il au Saxon, a nous vivions dans le même pays et souvent sous le
1. Eratidem Anglus magnitudine et elegantia, viribusque corporis animique audacia et linguse facundia, multisque facetiis et probitatibus admirabilis (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., a-puà Hist.normann. Script., p 492.) — Hic Harold dux trahebat eos de akena; Tapisserie de Bayeux.
2. Hospitem quasi contubernalem habens. (Guill. Pictav., apùd Script, rer. normann., p. 191.)
(065 « même toit., il me promit avec serment que, si jamais a il devenait roi en Angleterre, il me ferait héritier « de son royaume ; Harold, j'aimerais que tu m'ai- « dasses à réaliser cette promesse, et sois sur que si, « par tes bons offices, j'obtiens le royaume, quelque « chose que tu me demandes, je te l'accorderai aus- « sitôt l. »
* Harold , quoique surpris à l'excès de cette confidence inattendue, ne put se défendre d'y répondre par des paroles vagues d'adhésion; et Guillaume reprit en ces termes : « Puisque tu consens à me « servir, il faut que tu t'engages à fortifier le château « de Douvres, qui est de ton gouvernement, à y faire « creuser un puits d'eau vive, et à le mettre en mon « pouvoir; il faut aussi que tu me donnes ta sœur « pour que je la marie à l'un de mes barons, et que « toi-même tu épouses ma fille Adelize; de plus, je « veux qu'à ton départ tu me laisses, pour garant de « ta promesse, l'un des deux otages que tu réclames ; « il restera sous ma garde, et je te le rendrai en An- « ^leterre, quand j'y arriverai comme roi2.» Harold
1. In quo regno situo favore confirmatusfuero, spondeo quod omne quod a me rationabiliter tibi postulaveris obtinebis. (Roger de Hoved. Annal., pars I, p. 449, éd. Savile.) — Eadmeri Hist. nov., lib.I, p. 5, éd. Selden. — Chron. de Normandie; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 223.)
2. Tune et modo nepotem tuum et, cum in Angliam venero regnaturus, fmtrem tuum incolumeru reeijnes. (Roger de Hoved. Annal., pars I, p. 449, éd. Savile.) — Eadmeri Hist. nov., lib. I, p. 5. éd. Selden. — Guillaume avait quatre filles, Cécile, Constance,, Adelize et Adèle. (Voyez Willelm.Gemet., lib. VIII, apud Scrtjpt. rer. normann., p. 310.) Orderic Vital donne à la troisième le nom d'Agathe. (Voyez lib. V, p. 573.) Harold était veuf d'une femme dont le nom est inconnu et qui lui avait douué trois rils.