‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 180 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

au duché de Normandie, la conviction d'un droit légitime sur ce royaume pour le duc, et en même temps pour le pays, éveillaient l'ambition nationale dans ce pays guerrier, dont la noblesse, gardant et modifiant l'esprit des Scandinaves ses ancêtres, cherchait au loin, non plus, comme eux, les aventures de mer, mais des territoires à conquérir.

Quelles qu'eussent été jusqu'à ce moment les négociations secrètes du duc de Normandie avec l'Église romaine, elles purent dès lors avoir une base fixe et suivre une direction certaine. Un serment prêté sur les reliques appelait, s'il était violé, la condamnation de l'Église ; et, dans ce cas, selon l'opinion du siècle, l'Église frappait justement. Soit par un sentiment réel des périls dont cette vindicte ecclésiastique, associée à l'ambition normande, menaçait l'Angleterre, soit par une impression de terreur vague et superstitieuse, un grand abattement d'esprit s'empara de la nation anglaise. Des bruits sinistres couraient de bouche en bouche ; l'on craignait et l'on s'alarmait sans sujet positif d'alarmes;

simœ parentelas Godwini comitis, filiuni ac nepotem, ei direxit. (Guill. Pictav. Gesta Guillelmi ducis, apud Hist. normann. Script.,]). 181.) — Edwardus nimirum propinquo suo, Willielmo duci Normannorum, primo per Rodbertum, Cantuariorum summum pontificem, postea per eumdera Heraldum integram anglici regni mandaverat concessionem : ipsumque coucedentibus Anglis fecerat totius juris sui bœredem. (Orderic. Vital. Hist. eccle&iast., lib. III, apud Hist. normann. Script., p. 249.) — On voit plus tard ces mensonges proférés par Guillaume dans les instructions qu'il donne à ses envoyés : Obsides mihi dédit Godwini filium ac nepotem. Postremo Heraldum ipsum in Normannia transmisit, vt quod pater ejus atque ceeteri supranominati hic mihi juravere absenti, is ibi prœsens juraret prsesenti. (Guill. Pictav., apud Hist, normann. Script., p. 200.)

îosr.

1065 l'on exhumait des prédictions attribuées à des saints du vieux temps. L'un d'eux prophétisait des infortunes telles que les Saxons n'en avaient jamais éprouvé depuis leur départ des rives de l'Elbe ' ; un autre annonçait l'invasion d'un peuple de langue inconnue, et la servitude du peuple anglais sous des maîtres venus d'outre-mer2. Toutes ces rumeurs, jusque-là sans crédit, étaient recueillies avidement, et entretenaient les imaginations dans l'attente de quelque malheur national.

La santé du roi Edward, homme d'une nature débile, et devenu sensible atout ce qui intéressait la destinée de son pays, déclina depuis ces événements. Il ne pouvait se cacher à lui-même que son amour pour les étrangers était la cause du péril qui effrayait l'Angleterre ; son esprit en fut plus accablé encore que celui de la nation. Afin d'étouffer les pensées et pmit-ètre les remords qui l'obsédaient, il se livra tout entier au détail des pratiques religieuses ; il donna beaucoup aux églises et aux monastères; il acheva l'œuvre de son règne, la réédification de l'église de Saint-Pierre, à l'extrémité occidentale de Londres. La dédicace du nouveau bâtiment, qui devait se faire en grande pompe devant le roi, sa famille et les hauts dignitaires du royaume, fut annoncée par toute

1. Venient super gentem Anglorum mala, qualia non passa est ex quo venit in Angliam usque tempns illud. (Johan. de Fordun, ScotL chronicon, lib. IV, cap. xxxvi, p. 349, éd. Hearne.)

2. Insperatum eis a Francia adventurunl dominium, quod et eorum excellentiam deprimeret in perpetuum et honorem sine termino eventilaret. (Chroh. Johan. Bromton, apud Rer. anglic. Script., t. 1, col. 909, éd. Selden.) — Dira ae diuturna mala ab exteris gentibus esse passuram. (Osberni Vila S. Dunstani : Ânglia sacra, t. II, p. 118.)

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