LIVRE III
plus de crédit et de puissance que le roi son frère, 1066 et il promettait d'avance la possession de ce pays à quiconque voudrait s'unir à lui pour en faire la conquête l. Trop prudent pour s'engager dans une grande démarche sur la simple parole d'un aventurier, Guillaume donna au Saxon, pour éprouver ses forces, quelques vaisseaux, avec lesquels, au lieu de débarquer en Angleterre, Tosti se rendit vers la Baltique, afin de quêter d'autres secours et d'exciter contre sa patrie l'ambition des rois du Nord. Il eut une entrevue avec Swen , roi du Danemark, son parent du côté maternel, et lui demanda de l'aider contre son frère et sa nation. Mais le Danois ne répondit à cette demande que par un refus durement exprimé. Tosti se retira mécontent et alla chercher ailleurs un roi moins délicat sur la justice 2.
Il trouva en Norvège Harald ou Harold, fils de Sigurd, le plus vaillant des Scandinaves, le dernier qui eût mené la vie aventureuse dont le charme s'était évanoui avec la religion d'Odin. Dans ses courses vers le midi, Harold avait suivi alternativement la route de terre et celle de mer ; on l'avait vu tour à tour pirate et guerrier errant, Viking et Varing, comme on s'exprimait dans la langue du Nord 3. Il était allé servir dans l'est sous les chefs
1. Saga af Haraldi Hardrada, cap. lxxxi ; Snorre's Heimskringla, t. III, p. 146 et 147.
2. Torfae Hist. rer. norvey., pars III, lib. V, cap. xvu, p. 347-349.
3. Plus correctement Warghing, dérivé de varg, fugitif, expatrié. Ce mot existe danstous les anciens dialectes germaniques. V oyez Ducange, Glossar. ad script. medix et infirme latinitatis,xevbis> Wargus, Wargengus: Warengangi, Warganeus, Wargangi, etc.
de sa nation qui, depuis près de deux siècles, possédaient une partie des pays slaves. Ensuite, poussé par le besoin de voir, il s'était rendu à Constantinople, où d'autres émigrés de la Scandinavie, sous ce même nom de Varings, dont s'honoraient les conquérants des villes russes, formaient une milice mercenaire pour la garde des empereurs * .
Harold était frère d'un roi, mais il ne crut point déroger en s'enrôlant dans cette milice. Il veilla, la hache sur l'épaule, aux portes du palais impérial, et fut employé, avec le corps dont il faisait partie, en Asie et en Afrique. Lorsque le butin fait dans ces expéditions l'eut rendu assez riche, il eut envie de repartir et demanda son congé ; comme on voulait le retenir de force, il s'évada par mer, emmenant avec lui une jeune femme de haute naissance. Après cette évasion, il croisa en pirate le long des côtes de la Sicile, et accrut ainsi le trésor qu'il emportait sur son navire 2. Il était poëte, comme la plupart des corsaires septentrionaux, qui, dans les longues traversées, et quand le calme de la mer ralentirait leur marche, s'amusaient à chanter envers leurs succès ou leurs espérances.
Au retour des longs voyages où, comme il disait lui-même dans ses chansons, il avait promené au loin son vaisseau, l'effroi des laboureurs, son vaisseau noir rempli de guerriers, Harold leva une ar-
1. Les historiens grecs du Bas-Empire désignent ce corps de soldats étrangers par les mots 4>apyavoi et Bâpayyot.
2. Saga af Haraldi Hardrada, cap. m et seq. ; Snorre' 's Heirnskriny la, t. III, p. 56 et seq.