LIVRE III
n'en ferait rien, et pour donner là-dessus toute garantie à. la nation qu'il gouvernait, il épousa une femme saxonne, la sœur d'Edwin et de Morkar, chefs des deux grandes provinces de Mercie et de Northumbrie. Alors les derniers mots de rupture furent prononcés ; Guillaume jura qu'avant la fin de l'année il irait, l'épée en main, exiger toute sa dette, et chercher son débiteur au lieu même où celui-ci croirait avoir le pied le plus sûr 1.
Aussi loin que la publicité pouvait s'étendre dans le onzième siècle , le duc de Normandie proclama par ses émissaires ce qu'il appelait l'injustice et le sacrilège du Saxon*. La nature des idées sociales et religieuses d'un siècle où tout reposait sur le serment empêcha les spectateurs désintéressés dans cette querelle de comprendre la conduite patriotique du fils de Godwin, et sa déférence pour la volonté du peuple qui l'avait fait roi. L'opinion du plus grand nombre, sur le continent, fut pour Guillaume contre Harold, pour l'homme qui s'était servi des choses saintes comme d'un piège et qui se prévalait d'une fourberie pour exiger une trahison, contre l'homme qui refusait de trahir et de livrer son pays. Les négociations entamées auprès de l'Église romaine par le moine Lanfranc prirent une face nouvelle et décisive, du moment qu'un archidiacre de Lisieux eut
1. Sciret se ante annum emensum , ferro debitum vendicaturum, illuc iturum, quo Haroldus tutiores se pedes babere putaret. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 99, éd. Savile.) — Hist. Ingulf. Croyland., apud fier, anglic. Script., t. I, p. 68, éd. Gale.)
2. Haroldi iujustitia. (Eadmeri Hist. nov., lib, I, p. 5, éd. Selden.)
1066 porté au delà des monts l'annonce du prétendu crime de Harold et de toute la nation anglaise *. Le duc de Normandie intentait contre le roi d'Angleterre, devant la cour pontificale, avec l'accusation de parjure, celle d'usurpation d'un héritage qui lui appartenait comme parent et légataire du roi Edward 2. Il affectait le rôle d'un plaignant qui attend justice et désire que son adversaire soit écouté. Mais Harold fut vainement requis de se défendre devant la cour de Rome; il refusa de s'avouer justiciable de cette cour, et n'y députa aucun ambassadeur, trop fier pour soumettre à des étrangers l'indépendance de sa couronne, et trop sensé pour croire à l'impartialité des juges qu'invoquait son ennemi 3.
Le consistoire de Saint-Jean de Latran était alors gouverné par un homme dont la célébrité domine toutes celles du moyen âge : c'était Hildebrand, moine de Cluny, créé par le pape Nicolas II, archidiacre et chancelier de l'Église romaine. Après avoir régné sous le nom de ce pape, il fut assez puissant pour en faire élire un de son choix, Alexandre II, et
1. Tandem Gislebertum Lexoviensem archidiaconum Romani misit, et de Iris qua; acciderant ab Alexandro papa consilium requisivit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. III, apud Hist. normann. Script., p. 492.)
2. Guillielmus prsepropera querela papam consuluit. (Ingulf. Croyland. Hist., p. 900, éd. Savile.) — Idem Haroldus contemptor junsjurandi spretorque tabularum testamenti régis regnum invasit nomenque régi um sibi sumpsit. (Baronii Annales ecclesiast., t. XVII. p. 287.)
3. Hai-oldus vero judicium papa? parvipendens... (Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 69, éd. Gale.) — Haroldus id facere supersedit, vel quod turgidus natura esset, vel quod causa1 diffideret... (Willelm. Malmesb., de G es t. reg. angl., lib. III, p. 100, éd. Savile.)