LIVRE III
pour le maintenir contre la désapprobation de la cour io6f impériale1. Toutes les vues de ce personnage, doué d'une étonnante vigueur d'esprit et de caractère, tendaient à transformer la suprématie religieuse du saint-siége en souveraineté universelle sur les États chrétiens 2. Cette révolution, commencée au neuvième siècle par la réduction de plusieurs villes de l'Italie centrale sous l'obéissance ou la suzeraineté du pape, s'était continuée dans les deux siècles suivants. Toutes les cités de la Campanie, dont le pontife de -Rome était le métropolitain immédiat, avaient passé, de gré ou de force, sous sa puissance temporelle, et, par une circonstance bizarre, on avait vu, dans la première moitié du onzième siècle, des chevaliers normands, émigrés de leur pays, conduire, sous la bannière de saint Pierre, les milices romaines à cette conquête 3.
1 . Cum ingens inter Romanos seditio de ordinando pontifîce cœpisset oriri, Hildebrandus diaconus, habito consilio cum cardinalibus nobilibusque romanis , ne dissensio incresceret, Anselmum Lucensem episcopum post menses ferme très in romanum pontificem eligunt. (Léo Ostiensis, apud Baronii Annales ecclesiast., t. XVII, p. 182.)
2. Les motifs moraux du plan colossal d'ambition pour la papauté qui fut l'œuvre de Grégoire VII, méconnus des historiens du siècle dernier, sont pleinement appréciés par l'école historique moderne; je n'ai pas à en parler ici, et, pour ce qui touche ce point de vue, je renvoie le lecteur à YHistoire de la civilisation en Europe, par M. Guizot, VIe et vne leçons, et à la Vie de saint Anselme, par M. de Rémusat, p. 71, 95 et 185.
3. Inter Xormannos qui Tiberim transierant, Willermus de Monasteriolo... romani exercitus princeps militire factus, vexillum sancti Pétri gestans, uberem Campaniam subjugavit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. III, apud Script, rer.normann., p. 472 et 473.) — Prœdictus quippe miles papœ signifer erat, armisque Campaniam obtinuerat, et Campanos qui diversis schismatibus ab unitate catholica dissidebant, sancto Petro apostolo subjugaverat. (Ibid., p. 483.)
1066 A la même époque, d'autres Normands, pèlerins ou aventuriers, s'étaient mis à la solde des petits seigneurs de l'Italie méridionale harcelée par les descentes des Sarrasins; puis, comme jadis les Saxons à la solde des Bretons, ils avaient rompu leur engagement, pris les forteresses où ils commandaient et établi leur domination sur le pays *. Cette nouvelle puissance, qui mettait fin au pouvoir de l'empire grec sur les villes de la Calabre et de l'Apulie, fut d'abord l'alliée naturelle de l'Église romaine, qui bientôt s'alarma de ses progrès et eut à défendre contre elle ses possessions territoriales 2. Après de vains efforts pour soutenir une guerre toujours malheureuse, la cour de Rome fit la paix avec les princes normands et obtint dès lors une grande autorité politique sur ces guerriers simples d'esprit et pleins de vénération pour le saint-siége. Les nouveaux ducs ou comtes de Calabre, d'Apulie et de Sicile, s'avouèrent vassaux du prince des apôtres et reçurent une bannière de l'Église en signe d'investiture féodale des principautés qu'ils possédaient 3. Ainsi l'Église romaine profitait de la puissance des armes normandes pour étendre sa suzeraineté en
1. Primo quidem Waimalchi ducis, aliorumque potentum stipendiarii contra paganos facti sunt ; posteaque exortis quibusdam simultatum causis, eos quibus antea servierant impuguaverunt. (Ibidv p. 472.)
2. Ut exercitum idem imperator in Italiam mitteret ad profligandos Northnnmnos, qui res ad Ecclesiam romanam spectantes invaserant. (Baronii Annales eeclesiast., t. XVII, p. 72.)
3. Xicolaus papa et Richardo Capuanum principatum, Robert o Guiscbardo scilicet, Apulise, Calabria? atque Siciliœ ducatum confirmavit . accepta prius ab eis cum sacramento romance Ecclesias fidelitate. (Ibid.,p. 170.)