‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 190 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Italie, et elle s'habituait à considérer les Normands 1066 comme destinés à combattre pour son service, ou à lui faire hommage de leurs conquêtes !.

Telles étaient les singulières relations que le hasard des événements venait de créer, lorsque arrivèrent à la cour de Rome les plaintes et la requête du duc de Normandie. Plein de son idée favorite, l'archidiacre Hildebrand crut le moment propice pour tenter sur le royaume d'Angleterre ce qui avait réussi en Italie ; il fit tous ses efforts pour substituer aux débats ecclésiastiques sur la tiédeur de zèle du peuple anglais, la simonie de ses évêques et le parjure de son roi, un traité offensif pour la conquête du pays2. On ne peut dire s'il déclara nettement la portée de ses intentions politiques, mais la plainte de Guillaume contre Harold fut examinée dans l'assemblée des cardinaux, sans qu'il fût question d'autre chose que du droit héréditaire, du respect pour les dernières volontés d'un mort et de la sainteté du serment.

Dans ce moment décisif, plusieurs des assistants eurent des scrupules sur leur compétence comme juges et sur les fins d'un procès qui tendait à faire sanctionner par l'Église la guerre contre un peuple chrétien. Hildebrand fut blâmé par eux et, selon ses

1. Sed liaud erant secundum Dei consilium qui, ut exitus declaravit, Nortbmannos illic voluit sedes figere pro Ecclesiœ romans subsidio adversus schismaticos principes. (Baronii Annales ecclesiast., t. XVII. p. 170.)

2. Notum esse tibi credo... qualem etiam me tuis negotiis et quam efncacem exhibai ; insuper ut ad regale fastigium cresceres quanto studio laboravi. (Epistola Gregorii papas VII ad Guillelmum regem' Anglorum, apud Script, rer. gallic. et francic, t. XIV, p. 648.)

1066 propres expressions, presque noté d'infamie pour son zèle en faveur d'une cause qui était celle de l'homicide l ; mais il s'en émut peu et emporta de haute lutte une décision conforme à son avis.

Aux Vraies de la sentence, qui fut prononcée par le pape Alexandre II, il était permis au duc Guillaume de Normandie d'entrer en Angleterre à main armée, pour y établir son droit comme héritier du royaume en vertu du testament du roi Edward2. Une bulle d'excommunication, lancée contre Harold et tous ses adhérents, fut remise au messager de Guillaume, et l'on joignit à cet envoi une bannière de l'Église romaine et un anneau contenant un cheveu de saint Pierre, enchâssé sous un diamant de prix s. Il y avait là comme un double symbole d'investiture militaire et ecclésiastique ; et l'étendard qui allait consacrer l'invasion de l'An-

1. Qua pro re, a quibusdam fratribus pêne infamiam pertuli, submurmurantibus quod ad tan ta homicidia perpetranda, tanto favore meam operam impendissem. (Epistola Gregorii VII, apud Script, rer. gallic. et francic, t. XIV, p. 648.)

2. Papa vero, auditis rébus quœ contigerant, legitimo duci favit, audacter arma sumere contra perjurura prrccepit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. III, apud Hist. normann. Script., p. 492.) — Quare perpensis apud se utrinque partibus, papa... (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, p. 100, éd. Savile.) — Pontificem ipsum judicem interpellation , ex tabulis testamenti adjudicasse regnum Guillelmo, atque ex juramento exbibitio repulisse regni invasorem Haroldum. (Baronii Annales ecclesiast. , t. XVII, p. 2K8.) — Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France, t. XIII. p. 227.)

3. Et ab eo aniraatus etiam vexillum legitim» victoriœ pro mu nere accepit. (Ingulf. Croyland. Hist., p. 900,ved. Savile.) — Vexillum

.accepit ejus benignitate, velut suffragium sancti Pétri : quo primo contidentius ac tutius invaderet adversarium. (Guill. Pictavv apud Script, rer. normann., p. 197.)

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