‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 191 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

gleterre par le duc de Normandie était le pareil de i066 celui que, trois ans auparavant, le même pape avait envoyé à Roger, comte de Sicile, pour qu'il le déployât contre les musulmans dominateurs du pays *.

Avant que la bulle, la bannière et l'anneau fussent arrivés, le duc Guillaume assembla, en conseil de cabinet, ses amis les plus intimes, pour leur demander avis et secours. Ses deux frères utérins Eudes et Robert, dont l'un était évêque de Bayeux et l'autre comte de Mortain; Guillaume fils d'Osbern, sénéchal de Normandie, c'est-à-dire lieutenant du duc pour l'administration civile, et quelques hauts barons, assistaient à cette conférence. Tous furent d'opinion qu'il fallait descendre en Angleterre, et promirent à Guillaume de le servir de corps et de biens, jusqu'à vendre ou engager leurs héritages. « Mais ce n'est pas tout, lui dirent-ils ; il vous faut k demander aide et conseil à la généralité des habi- « tants de ce pays ; car il est de droit que qui paye « la dépense soit appelé à la consentir 2. » Guillaume alors fit convoquer, disent les chroniques, une grande assemblée d'hommes de tous états de la Normandie, gens de guerre, d'église et de négoce, les plus considérés et les plus riches. Le duc leur exposa son projet et sollicita leur concours; puis

1. Comiti et omnibus qui in lncranda de paganis Sicilia et lucratam in pevpetuum ad fidem Christi retinendo auxiliarentur, mandat, vexillumque a romana sede, apostolica auctoritate consignatum.. (Gaufridus Malaterra, apud Pagi Annal, ecclesiast., t. IV, p. 223.)

2. Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 225.

1066 l'assemblée se retira, afin de délibérer plus librement hors de toute influence '.

Dans le débat qui suivit, les opinions parurent fortement divisées ; les uns voulaient qu'on aidât le duc de navires, de munitions et de deniers ; les autres refusaient toute espèce d'aide , disant qu'ils avaient déjà plus de dettes qu'ils n'en pouvaient payer. Cette discussion n'était pas sans tumulte, et les membres de l'assemblée, hors de leurs sièges et partagés en groupes, parlaient et gesticulaient avec grand bruit*. Au milieu de ce désordre, le sénéchal de Normandie, Guillaume fils d'Osbern, éleva la voix et dit : « Pour- « quoi vous disputer de la sorte? Il est votre sei- « gneur, il a besoin de vous ; votre devoir serait de « lui faire vos offres et non d'attendre sa requête. « Si vous lui manquez et qu'il arrive à ses fins, de « par Dieu, il s'en souviendra ; montrez donc que « vous l'aimez, et agissez de bonne grâce. — Nul « doute, s'écrièrent les opposants, qu'il ne soit notre «seigneur; mais n'est-ce pas assez pour nous de « lui payer ses rentes ? Nous ne lui devons point « d'aide pour aller outre mer : il nous a déjà trop « grevés par ses guerres ; qu'il manque sa nou- « velle entreprise, et notre pays est ruiné8. » Après beaucoup de discours et de répliques en dif-

1. Conventum magnum apud Lillibonam fecit, super negotio singularum sententias sciscitatus. ("Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angL, lib. III, p. 100, éd. Savile.) — Chronique de' Normandie ; Becueil des hist. de la France, t. XIII, p. 225.

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