IX
1066 rent à se former : le tumulte fut général, et l'assemblée se sépara *.
Le duc Guillaume, surpris et courroucé au delà de toute mesure, dissimula cependant sa colère, et eut recours à un artifice, qui presque jamais n'a manqué son effet quand des souverains habiles ont voulu vaincre les résistances populaires. Il fit appeler séparément auprès de lui les mêmes hommes que d'abord il avait convoqués en masse ; commençant par les plus riches et les plus influents, il les pria de venir à son aide de pure grâce et par don gratuit , affirmant qu'il n'avait nul dessein de leur faire tort à l'avenir, ni d'abuser contre eux de leur propre libéralité, offrant même de leur donner acte de sa parole à cet égard par des lettres scellées de son grand sceau 2. Aucun n'eut le courage de prononcer isolément son refus à la face du chef du pays, dans un entretien seul à seul. Ce qu'ils accordèrent fut enregistré aussitôt; et l'exemple des premiers venus décida ceux qui vinrent ensuite. L'un souscrivit pour des vaisseaux, l'autre pour des hommes armés en guerre, d'autres promirent de marcher en personne ; les clercs donnèrent leur argent, les marchands leurs étoffes, et les paysans leurs denrées 3.
1. Chronique de Normandie; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 226. —
Mult (Vissiez cort estormir, Noise lever\, barunz frémir.
(Roman de Rou, t, II, p. 132.)
2. Et telles lettres comme ils en vouldroient deviser, il leur en feroit. (Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France3t. XIII. p. 226.)