‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 194 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Bientôt arrivèrent de Rome la bannière consa- ioôs crée et la bulle qui autorisait l'agression contre l'Angleterre. A cette nouvelle, l'empressement redoubla ; chacun apportait ce qu'il pouvait ; les mères envoyaient leurs fils s'enrôler pour le salut de leurs âmes l. Guillaume fit publier son ban de guerre dans les contrées voisines; il offrit une forte solde et le pillage de l'Angleterre à tout homme robuste qui voudrait le servir de la lance, de l'épée ou de l'arbalète 2. Il en vint une multitude, par toutes les routes, de loin et de près, du nord et du midi. Il en vint du Maine et de l'Anjou, du Poitou et de la Bretagne, de la France et de la Flandre, de l'Aquitaine et delà Bourgogne, des Alpes et des bords du Rhin3. Tous les aventuriers de profession, tous les enfants perdus de l'Europe occidentale accoururent à grandes journées; les uns étaient chevaliers et chefs de guerre, les autres simples piétons et sergents d'armes, comme on s'exprimait alors ; les uns offraient de servir pour une solde en argent, les autres ne demandaient que le passage et tout le butin qu'ils pourraient faire. Plusieurs voulaient de la terre

1. Chronique de Normandie; Recueil des hist. de la France, t. XIII, [>. 227.

2. Ingentem quoque exercitum ex Normannis et Flandrensibus ac Francis et Britonibus aggregavit. (Willelm. Gemet. Hist. Normann., apud Script, rer. gallic. et francic, t. XI, p. 51.) — Contracto a Xormannia, Francia et Aquitania non modico exercitu. {Hist. Franc. Fragm., apud ibid., p. 162.)

3. Rumoi-ibus quoque viri pugnaces de vicinis regionibus exciti convenerunt et bellicis instruments ad prœliandum sese prceparaverunt. Galli namque et Britones, Pictavi et Burgundiones, aliique populi cisalpini ad bellum transmarinum convolarunt et anglico? prredœ inhiantes...(Orderic.Vital. Hist, ecclesiast., &-pu.à Script, rer. normann., p. 494.)

1066 chez les Anglais, un domaine, un château, une ville; d'autres enfin souhaitaient seulement quelque riche Saxonne en mariage J. Tous les vœux, toutes les prétentions de l'avarice humaine se présentèrent : Guillaume ne rebuta personne, dit la chronique normande, et fit plaisir à chacun selon son pouvoir 2. Il donna d'avance à un moine de Fescamp un évêché en Angleterre3.

Durant le printemps et l'été, dans tous les ports de la Normandie, des ouvriers de toute espèce furent employés à construire et à équiper des vaisseaux; les forgerons et les armuriers fabriquaient des lances, des épées et des cottes de mailles, et des portefaix allaient et venaient sans cesse pour transporter les armes des ateliers sur les navires4. Pendant que ces préparatifs se poursuivaient, Guillaume alla en France trouver le roi Philippe Ier à son domaine de Saint-Germer, près de Beauvais, et, le saluant d'une formule de déférence que ses aïeux avaient souvent omise : « Vous êtes mon seigneur, lui dit-il ; s'il vous « plaît de m'aider, et que Dieu me fasse la grâce « d'obtenir mon droit sur l'Angleterre, je promets « de vous en faire hommage, comme si je la tenais « de vous 5. »

1. Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France, t. XIII,

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