LIVRE III 3H
Le roi Philippe assembla son conseil de barons, ,0C6 sans lequel il ne pouvait décider aucune affaire importante, et les barons furent d'avis qu'il ne fallait en aucune façon aider Guillaume dans sa conquête. « Vous savez, dirent-ils au roi, combien peu les « Normands vous obéissent aujourd'hui; ce sera bien « autre chose quand ils posséderont l'Angleterre. « D'ailleurs, secourir le duc coûterait beaucoup à « notre pays, et s'il venait à faillir dans son entrece prise, nous aurions la nation anglaise pour enne- « mie à tout jamais !. » Le duc Guillaume se retira mécontent du roi de France, et il adressa par lettres une pareille demande au comte de Flandre, son beaupère, qui, sans se joindre personnellement à l'expédition projetée, la favorisa de tout son pouvoir2. Portant plus loin ses tentatives diplomatiques, Guillaume conclut avec l'empereur d'Allemagne, Henri IV, un traité qui lui garantissait au besoin des secours pour la défense de la Normandie, et il obtint de Swen, roi de Danemark, le plus grand ami de la cause anglo-saxonne, des assurances d'amitié que les faits démentirent plus tard3.
Malgré l'inimitié nationale des Normands et des
1. Chronique de Normandie , Recueil des hist. de la France, t. XIII,
2. Willielmum in Angliam venientem (Balduinus V) arguto quo pollebat consilio et militum additamento vivaciter juverat. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. ancjl., lib. V, p. 159,, éd. Savile.)
3. Cujus (imperatoris) edicto in quemlibet hostem Germania ei, si postularet, veniret adjutrix. Rex quoque Danorum Svenus fidem legationibus ei spopondit, sed inimicis ejus amicum exhibebat se Hdelem. (Guill. Pictav., de Gest. Guillelmi ducis, apud Script, rer. gallic. et fnnu-ic, t. XI. p. 92.)
Bretons, il existait entre les ducs de Normandie et les comtes de Bretagne des alliances de parenté qui compliquaient les relations des deux États sans les rendre moins hostiles. Au temps où le duc Robert, père de Guillaume, s'était mis en route pour son pèlerinage, il n'avait point de plus proche parent que le comte breton Allan ou Alain, issu de Roll par les femmes, et ce fut à lui qu'il remit en partant la garde de son duché et la tutelle de son fils. Le comte Alain n'avait pas tardé à déclarer douteuse du côté paternel la naissance de son pupille, et à favoriser le parti qui voulait le priver de la succession ; mais après la défaite de ce parti au Val-des-Dunes, il mourut empoisonné, selon toute apparence, par les amis du jeune bâtard. Son fils, nommé Conan, lui succéda, et il régnait encore en Bretagne à l'époque du grand armement de Guillaume pour la conquête de l'Angleterre. C'était un homme audacieux, redouté de ses voisins et dont la principale ambition était de nuire au duc de Normandie, qu'il regardait comme un usurpateur et comme le meurtrier de son père. Le voyant engagé dans une entreprise difficile, Conan crut le moment favorable pour lui déclarer la guerre, et il lui fit porter par l'un de ses chamberlains le message suivant :
« J'apprends que tu es prêt à passer la mer, afin « de conquérir le royaume d'Angleterre. Or, le duc « Robert, dont tu feins de te croire le fils, partant « pour Jérusalem, remit tout son héritage au comte « Allan, mon père, qui était son cousin. Mais toi et « tes complices vous avez empoisonné mon père; tu « t'es approprié sa seigneurie et tu l'as retenue jus-