LIVRE III
valiers pour aller porter aux gens de guerre restés ioôô au camp et sur les navires l'ordre de venir en toute hâte. Le roi Harold, fils de Sigurd, déploya son étendard, qu'il appelait le ravageur du monde l ; les combattants se rangèrent autour sur une ligne peu profonde, et courbée vers les extrémités. Ils se tenaient serrés les uns contre les autres, et leurs lances étaient plantées en terre, la pointe inclinée vers l'ennemi • il leur manquait à tous la partie la plus importante de leur armure. Le roi de Norvège, en parcourant les rangs sur son cheval noir, chanta des vers improvisés , dont un fragment nous a été transmis par les historiens du Nord : « Combattons, di- « sait-il, marchons, quoique sans cuirasses, sous le « tranchant du fer bleuâtre ; nos casques brillent « au soleil, c'est assez pour des gens de cœur 2. »
Avant le choc des deux armées, vingt cavaliers saxons, hommes et chevaux, couverts de fer, s'approchèrent des lignes des Norvégiens; l'un d'entre eux cria d'une voix forte : « Où est Tosti, fils de Godwin ? a — Le voici, répondit le fils de Godwin lui-même. « — Si tu es Tosti, reprit le messager, ton frère te « fait dire par ma bouche qu'il te salue, et t'offre « la paix, son amitié et tes anciens honneurs. — Voilà « de bonnes paroles, et bien différentes des affronts « et des hostilités qu'on m'a fait subir depuis un an. « Mais, si j'accepte ces offres, qu'y aura-t-il pour le
1. En islandais Land-eydo , en danois Landode. — Saga af Haraldi Hardrada, cap. XCI; Snorre's Heimskringla, t. III, p. 158.
2. « Eamus nos in aciem, loricis nudati lividos sub gladios... » — Ibid., cap. xciv ; Snorre's Heimskringla, t. III, p. 160. — Gesta Danorum, t. II, p. 165.
io66 « noble roi Harold, fils de [Sigurd, mon fidèle allié ? « — Il aura, reprit le messager, sept pieds de terre « anglaise, ou un peu plus, car sa taille passe celle « des autres hommes *. — Dis donc à mon frère, ré- « pliquaTosti, qu'il se prépare à combattre : car jamais « il n'y aura qu'un menteur qui aille raconter que « le fils de Godwin a délaissé le fils de Sigurd 2. »
Le combat commença aussitôt, et, au premier choc des deux armées, le roi de Norvège reçut un coup de flèche qui lui traversa la gorge. Tosti prit le commandement; et alors son frère Harold envoya une seconde fois lui offrir la paix et la vie, pour lui et pour les Norvégiens 3. Mais tous s'écrièrent qu'ils aimaient mieux mourir que de rien devoir aux Saxons. Dans ce moment, les hommes des vaisseaux arrivèrent, armés de cuirasses, mais fatigués de leur course sous un soleil ardent. Quoique nombreux, ils ne soutinrent pas l'attaque des Anglais, qui avaient déjà rompu la première ligne de bataille et pris le drapeau royal. Tosti fut tué avec la plupart des chefs norvégiens, et, pour la troisième fois, Harold offrit la paix aux vaincus. Ceux-ci l'acceptèrent ; Olaf, fils du roi mort, l'évèque et l'un des chefs des îles Orcades se retirèrent avec vingt-trois navires, après avoir juré amitié à l'Angleterre \ Le pays des
1. Quid ex Anglia ei concessum velit; terra* spatium septem pedum, aut non nihil majus, quantum is altitudine alios homines superat. (Saga af Haraldi Hardrada, cap. xciv; Snorre's Heimskringla, t. III, p. 160.)