‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 204 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Anglais fut ainsi délivré d'une nouvelle invasion ioôg des hommes du Nord. Mais, pendant que ces ennemis s'éloignaient pour ne plus revenir, d'autres ennemis s'approchaient, et le même souffle de vent qui agitait alors les bannières saxonnes victorieuses gonflait les voiles normandes, et les poussait vers la côte de Sussex.

Par un hasard malheureux, les vaisseaux qui avaient longtemps croisé devant cette côte venaient de rentrer faute de vivres1. Les troupes de Guillaume abordèrent ainsi sans résistance à Pevensey, près de Hastings, le 28 septembre de l'année 1066, trois jours après la victoire de Harold sur les Norvégiens. Les archers débarquèrent d'abord; ils portaient des vêtements courts, et leurs cheveux étaient rasés; ensuite descendirent les gens à cheval, portant des cottes de maille et des heaumes en fer poli de forme conique, armés de longues et fortes lances, et d'épées droites à deux tranchants. Après eux sortirent les travailleurs de l'armée, pionniers, charpentiers et forgerons, qui déchargèrent, pièce à pièce, sur le rivage, trois chàteaux^de bois, taillés et préparés d'avance.

Le duc ne prit terre que le dernier de tous; au moment où son pied touchait le sable, il fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s'éleva; des voix crièrent : « Dieu nous garde ! c'est mauvais

saxon., Fragm. sub amio mlxvi, apud Gloss., éd. Lye , t. II, ad finem. — Pontani Rerum daniearum Historiée, lib. V, p. 186.

1. Victu déficiente, classions... exercitus domum rediit. (Roger de Hoved. Annal, , pars I, apud Rer. anglic. Script., p. 448, éd. Savile.)

«Mr. « signe1.» Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt : « Qu'avez-vous? quelle chose vous étonne? J'ai saisi « cette terre de mes mains, et par la splendeur de « Dieu, tant qu'il y en a, elle est à nous'2. » Cette vive repartie arrêta subitement l'effet du mauvais présage. L'armée prit sa route vers la ville de Hastings, et, près de ce lieu, on traça un camp, et l'on construisit deux des châteaux de bois, dans lequel on plaça des vivres. Des corps de soldats parcoururent toute la contrée voisine, pillant et brûlant les maisons3. Les Anglais fuyaient de leurs demeures, cachaient leurs meubles et leur bétail, et se portaient en foule vers les églises et les cimetières qu'ils croyaient le plus sûr asile contre un ennemi chrétien comme eux. Mais, dans leur soif de butin, les Normands tenaient peu de compte de la sainteté des lieux et ne respectaient aucun asile4.

Haroid était à York, blessé et se reposant de ses fatigues, quand un messager vint en grande hâte

1. Quant li dus primes fors issi, Sor sez dous palmes fors cbaï ; Sempres i ont levé grant cri

E distrent tuit : Mal signe est ci.

{Roman de Rou, t. II, p. 151 et 152.)

2. Seigners, par la resplendor Dé, La terre ai as dous maiuz seizie...

Tote est nostre quant qu'il i a.

(Ibid., p. 152.)

3. Et Willelmns cornes profeetus est ad Hastingam, et expectavit

ibi utrum populus ei submittere voluisset. At cum intellexit quod eum a lire noluerunt... et spoliavit totum istum tractum quem pertransivit. (Chron. saxon. Fragm., éd. Lye, sub anno 1066.) — Hic domts incesditur ; Tapisserie de Baveux.

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