LIVRE III
lui dire que le duc de Normandie avait débarqué et 1066 planté sa bannière sur le territoire anglo-saxon. Il se mit en marche vers le sud avec son armée victorieuse, publiant, sur son passage, l'ordre à tous les chefs de provinces de faire armer leurs milices et de les conduire à Londres. Les combattants de l'ouest vinrent sans délai ; ceux du nord tardèrent à cause de la distance; mais cependant il y avait lieu de croire que le roi d'Angleterre se verrait bientôt entouré de toutes les forces du pays. Un de ces Normands, en faveur desquels on avait dérogé autrefois à la loi d'exil portée contre eux, et qui maintenant jouaient le rôle d'espions et d'agents secrets de l'envahisseur, manda au duc Guillaume d'être sur ses gardes, et que, dans quatre jours, le fils de Godwin aurait avec lui cent mille hommes1. Harold trop impatient n'attendit pas les quatre jours; il ne put maîtriser son désir d'en venir aux mains avec les étrangers, surtout quand il apprit les ravages de toute espèce qu'ils faisaient autour de leur camp2. L'espoir d'épargner quelques maux à ses compatriotes, peutêtre l'envie de tenter contre les Normands une attaque brusque et imprévue, comme celle qui lui avait réussi contre les Norvégiens, le déterminèrent à se mettre en marche vers Hastings, avec des forces quatre fois moindres que celles du duc de Normandie5.
1. Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 228. — Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 199.
2. Quod propinqua castris Normannorum vastari audierat. (Ibid., p. 201.)
3. Sicut erat cruentus in armis, paucissimo stipatus milite Hastingas pertendit. (Willelm.Malmesb., de Gest. reg. angl., hb. III, p. 100,
106G Mais le camp de Guillaume était soigneusement gardé contre une surprise, et ses postes s'étendaient au loin. Des détachements de cavalerie avertirent, en se repliant, de l'approche du roi saxon, qui, disaient-ils, accourait en furieu:\ l. Prévenu dans son dessein d'assaillir l'ennemi à l'improviste, Harold fut contraint de modérer sa fougue ; il fit halte à la distance de sept milles du camp des Normands, et, changeant tout d'un coup de tactique, il se retrancha, pour les attendre, derrière des fossés et des palissades. Des espions, parlant le français, furent envoyés par lui près de l'armée d'outre-mer, pour observer ses dispositions et évaluer ses forces. A leur retour, ils racontèrent qu'il y avait plus de prêtres dans le camp de Guillaume que de combattants du côté des Anglais. Ils avaient pris pour des prêtres tous les soldats de l'armée normande qui portaient la barbe rase et les cheveux courts, parce que les Anglais avaient coutume de laisser croître leurs cheveux et leur barbe. Harold ne put s'empêcher de sourire à ce récit : « Ceux que vous avez « trouvés en si grand nombre, dit-il, ne sont point « des prêtres, mais de braves gens de guerre qui «nous feront voir ce qu'ils valent2. » Plusieurs des
éd. Savile.) — Sed nimis prœceps, et de virtute sua prœsumens, credebat se invalidos et impremunitos Normannos expugnare. (Deinventione sancta3 crucis Waltham., Chron. angln-norm., t. II, p. 244.) — Modico stipatus agmine, quadruplo congressus exercitu. (Ibid., p. 246.) — Florent. Wigorn. Chron., p. 634. — Roger de Hoved. Annal. , pars I, apud Rer. anglic. Script., p. 448, éd. Savile. — Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer, anglic. Script., t. I, p. 69, éd. Gale.
1. Rex furibundus. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 201.)