LIVRE III
au port de Saint-Valéry. Un grand nombre d'entre ioôg eux, morts ou mourants, gisaient à coté des vaincus1. Les heureux qui survivaient eurent, pour premier gain de leur victoire, la dépouille des ennemis morts. En retournant les cadavres, on en trouva treize vêtus d'un habit de moine sous leurs armes : c'étaient l'abbé de Hida et ses douze compagnons. Le nom de leur monastère fut inscrit le premier sur le livre noir des conquérants 2.
Les mères et les femmes de ceux qui étaient venus de la contrée voisine combattre et mourir avec leur Foi, se réunirent pour rechercher ensemble et ensevelir les corps de leurs proches. Celui du roi Harold demeura quelque temps sur le champ de bataille, sans que personne osât le réclamer. Enfin la veuve de Godwin, appelée Ghitha, surmontant sa douleur, envoya un message au duc Guillaume, pour lui demander la permission de rendre à son fils les derniers honneurs. Elle offrait, disent les historiens normands, de donner en or le poids clu corps de son fils. Le duc refusa durement, et dit que l'homme qui avait menti à sa foi et à sa religion n'aurait d'autre tombeau qu'un tas de pierres sur le sable du rivage. Il donna commission à l'un de ses capitaines, appelé Guillaume Malet, de faire que le vaincu de Hastings fût ainsi enterré comme un ignoble malfaiteur3.
1. Chronique de Normandie; Becueil des hist. de la France, t. XIII, p. 236.
2. Quibus occisis et spoliatis, inventi sunt memorati abbas et monachi sub armis militaribus, in babitu monacbili. (Monast. anglic, Dugdale, t. I, p. 210.)