LIVRE PREMIER 4o
ques étaient les représentants des cités gallo-romaines 450 dans leurs négociations, soit avec l'empire qui s'éloi- *oo irnait d'elles, soit avec les conquérants germains. C'est à eux que, dans cette crise pleine de périls et d'anxiétés, devait appartenir, non en ce qui dépendait du sort des armes, mais au moins pour la part faite à l'action et à l'habileté politiques, l'influence décisive sur le cours des événements.
D'un bout à l'autre du territoire occupé, ou menacé de l'être, par les Goths, les Franks et les Burgondes, il y eut, entre les membres de l'épiscopat gaulois, une complète unanimité sur le degré d'aversion ou de bienveillance que méritait et qu'obtiendrait de leur part chacun des trois peuples conquérants. Ce qu'ils détestèrent par-dessus tout, ce qu'ils résolurent de repousser, de combattre, de détruire s'ils le pouvaient, ce fut la domination des puissances ariennes. Celle des Goths, après un commencement de bon augure, s'était rendue odieuse par des accès de fanatisme persécuteur; celle des Burgondes, généralement tolérante, portait en quelque sorte la peine des violences commises par les Goths, et, dans ses moments de plus grande douceur, elle était suspecte pour l'avenir à la conscience de ses sujets et de ses voisins orthodoxes. Il y avait peu d'espérance de conversion à l'égard des rois de ces deux peuples, volontairement et sciemment séparés de la communion romaine ; il y en avait davantage pour les chefs des Franks, encore soumis aux croyances de leur paganisme national, mais qui, de païens, pouvaient aisément devenir catholiques. Une telle prévision était hardie, mais elle s'offrait comme possible, et de
450 là vint cette chose étrange que le cœur des évêques oo gallo-romains, hommes de civilisation autant que de foi, se tourna vers le plus barbare des trois peuples germaniques, et que, selon les paroles d'un narrateur, évèque aussi et presque contemporain, tous souhaitèrent le règne des Franks avec un désir d'amour1.
La portion du territoire gaulois envahie par les tribus frankes s'étendait alors du Rhin à la Somme, et la tribu dominante, parmi les Franks, était celle des Merowings ou enfants de Merowig2, ainsi appelés du nom d'un de leurs anciens chefs, renommé pour ses hauts faits et vénéré de tous comme un aïeul commun3. A la tète des enfants de Merowig se trouvait un jeune homme appelé Chlodowig4, qui joignait à l'ardeur belliqueuse de ses devanciers plus de ré-
1. Cura j ara terror Fraucorum resonaret in bis partibus, et omnes eos amore desiderabili cuperent reguare, sauctus Aprunculus Lingonicse civitatis episcopus apud Burgundiones cœpit haberi suspectus. (Greg. Turon. Hist. Franc, lib. II, cap. xxm. apud Script, rer. gaU lie. et francic, t. II, p. 173.) — Voyez YHistoire de la Gaule méridionale sous lu domination des conquérants germains, par Fauriel, chap. xn, et les Études germaniques pour servir à l'histoire des Fr
par Ozanam, t. II, p. 58.
2. Voyez, pour la signification de ce nom, les Lettres sur l'histoire de France. Appendice.
3. Merovicus... a quo Franci et prius Merovinci vocati sunt, propter utilitatera videlicet et prudentiam illius, in tantam venerationem apud Francos est habitus, ut quasi communis pater ab omnibus coleretuv. (Roriconis Gest. Franc, apud Script, rer. gallic et francic, t. III, p. 4.) — ... Primum regera traduntur babuisse Meroveum, ob cujus potentia facta et mirificos triumpboo, mtermisso Sicambrorum vocabulo, Merovingi dicti sunt... (Haviulti Chronicon centulense, apud ibid., p. 349.) — En langue franke Meroicings, la terminaison ing indique filiation ou descendance.
4. Voyez, pour ce nom et pour les autres pareillement restitués, les Lettres sur f histoire de France, Préface et Appendice.