LIVRE PREMIER
flexion et d'habileté. Les évêques de la partie des 450 Gaules non encore détachée de l'empire, par précau- 500 tion p<»iir l'avenir, et par suite de leur haine contre les dominateurs ariens, entrèrent en relation avec ce voisin redoutable. Ils lui adressèrent des messages remplis d'expressions flatteuses ; plusieurs d'entre eux le visitèrent à sa demeure royale ou dans ses campements. Le roi des Franks se montra d'abord peu sensible à leurs avances ; même après qu'il eut passé la Somme et que sa victoire sur le dernier des gouverneurs impériaux l'eut rendu maître de Soissons et des rives de l'Aisne et de la Marne, il continua de dévaster les églises et d'en piller les trésors. Mais un vase précieux, enlevé par les Franks dans la basilique de Reims, mit ce chef barbare en relation d'intérêts, et bientôt d'amitié, avec un prélat plus habile ou plus heureux que les autres1.
Sous les auspices de Remigius ou saint Rémi, évêque de Reims, les événements parurent concourir d'eux-mêmes au grand plan du haut clergé gaulois2. D'abord, par un hasard trop heureux pour qu'il n'ait pas été préparé, le roi païen épousa la seule femme chrétienne orthodoxe qu'il y eût alors parmi les princes teutoniques ; et l'amour de cette femme fidèle,
1. Igitur de quadam ecclesia urceum mira? magnitudinis ac pulcbritudinis hostes abstulerant, cum reliquis ecclesiastici ministerii ornamentis. Episcopus autem ecclesia? illius missos ad regem dirigit... Greg. Turon. Hist. Franc, lib. II, cap. xxvn, apud Script, rer. gallic. et francic, t. II, p. 175.)
2. Attamen audientes miracula, qua? fiebant per beatuniRemigium, reverebantur eum : et licet pagani, diligebant eura... Et rex illorum libenter illum audiebat, et audito eo multa faciebat... (Vita S. Remigii rcmcnsis episcopi , apud Script, rer. gallic. et francic.. t. III, p. 374.)
comme s'expriment les vieux chroniqueurs, empruntant le langage d'un apôtre, attira vers la foi le cœur du mari infidèle1. Dans une bataille livrée à 196 des peuples germains qui voulaient suivre lesFranks sur la terre des Gaules et en conquérir aussi leur part, Chlodowig, dont les soldats pliaient, invoqua le Dieu de Chlothilde (c'était le nom de son épouse), et promit de croire en lui, s'il était vainqueur : il le fut et tint sa parole 2.
L'exemple du chef, les présents de Chlothilde, des motifs de conscience et l'attrait de la nouveauté, amenèrent la conversion d'un nombre de guerriers franks que les historiens portent à trois mille 3. La cérémonie eut lieu à Reims; et tout ce que les arts des Romains, qui bientôt devaient périr en Gaule après avoir été usés par les barbares, fournissaient encore de brillant, fut déployé avec profusion pour orner ce triomphe de la foi catholique. Le parvis de l'église était décoré de tapisseries et de guirlandes; des voiles de diverses couleurs affaiblissaient l'éclat du jour; les parfums les plus exquis brûlaient en abondance dans des vases d'or et d'argent4. L'évèque
1. Gondebaudi régis Burgundionum neptem...nomine Chlothildem, pulchram satis puellam, et vere christianissimam... nutu divine» in conjugium sumpsit. (Vita S. Remigii, apud Script, ver. gaîlic et fraticic.j p. 375 )
2. « ... Deum invoco, quem Chlotildis reginacolit : si me juvaret in hoc prœlio, ut vincam hos adversarios meos, ero illi fidelis. (Greg.Turon. Ilist. Franc. epttom.,apud ibid., t. II, p. 400.) — VitaS. Remigii,a.j>\i<l ibid.
3. De exercitu vero ejus baptizati sunt amplius tria millia. (Greg. Turon. Hist. Franc, lib. II, cap. xxxi , apud ibid., t. II, p. 178.)
4. Velis depictis adumbrantur plateae ecclesiœ, cortinis albentibus adornantur, baptisteriurn componitur, balsama difFunduntur, micaut flagrantes odore cerei... (Ibid., t. II, p. 177.)