‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 27 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de Reims marcha au baptistère en habits pontificaux, m tenant par la main le roi frank qui allait être son fils spirituel : « Patron, lui disait celui-ci, émerveillé « de tant de pompe, n'est-ce pas là ce royaume du « ciel où tu as promis de me conduire • ? »

Des courriers portèrent rapidement à Rome la nouvelle du baptême du roi des Franks, et Anastase, élu évèque de la ville qui se donnait le nom d'éternelle 2, s'empressa d'écrire à ce roi une lettre de félicitation, l'appelant son glorieux fils et l'invitant à être pour l'Eglise une colonne de-fer3. Du moment que le roi Chlodowig fut déclaré l'appui et le soldat de l'Église catholique 4 , sa conquête s'agrandit en Gaule presque sans effusion de sang. Toutes les villes du nord-ouest et du centre, jusqu'à la Loire, limite du royaume des Visigoths, et jusqu'au territoire des émigrés bretons, ouvrirent leurs portes à ses soldats. 497 Les corps de troupes qui stationnaient dans ces villes passèrent au service du roi germain, et gardèrent,

1. Dum autem simul pergerent, rex interrogavit episcopum, dicens : « Patrone, est hoc regnum Dei, quod mihi proraittis? » (Viia S. Bemiyii, apud Script, rer. gallic et fronde, t. III, p. 377.)

2. ... Vir venerabilis, papse urbis aeternae. (Decretum imperat. Theodosii et Valentiniani, apud ibid., t. I, p. 763.) — Tous les évêques, au cinquième siècle et plus tard, avaient le titre de papes, c'est-à-dire pères. On le voit par le code Théodosien. Une lettre de Clovis aux évêques de la Gaule méridionale se termine ainsi : « Orate pro me, Domini sancti, et apostolica sede dignissimi papse. » (Ibid., t. IV, p. 54.) .

3. Lsetifica ergo, gloriose et illustris fili, matrem tuam, et esto illi in columnam ferream. (Epistola Anastasii papse ad Chlodoveum regem, apud ibid., p. 51.)

4. ... Et Dominum collaudamus qui... in tanto principe providit Ecclesise, qui possit eam tueri, et contra occurrentes pestiferorum conatus £aleam salutis induere. flbid.)

497 au milieu de ses guerriers vêtus de peaux *, Les m .armes et les enseignes romaines. Bientôt, poussé par l'esprit de conquête joint à la haine religieuse, le nouveau converti se mit eu marche avec une uombreuse armée vers le territoire des Burgondes'2. Les Burgondes étaient ariens, c'est-à-dire qu'ils ne croyaient pas que la seconde personne de la Triuité fût de même substance que la première, hérésie légère en apparence, mais qui logiquement conduisait à nier les fondements du christianisme, l'incarnation, la rédemption et le péché originel. Sauf quelques actes rares et isolés de fanatisme populaire, la nation et ses chefs laissaient en plein*» liberté de doctrine et de culte les évêques, les prêtre- et les habitants des villes soumises à leur puissance. Mais les évêques romains, peu satisfaits (Tune simple tolérance, et absolus dans le dogme de l'unité de foi et d'église, appelaient de leurs vœux l'invasion des Franks, ou se prévalaient de la terreur de cette invasion pour persuader au roi des Burgondes d'embrasser la croyance orthodoxe. Ce roi, nommé Gondebald3, quoique barbare et maître, leurrésistaiï avec une grande douceur. Il opposait à leurs arguments de haute théologie l'expression naïve et inculte d'une sorte de rationalisme : « Est-ce que je ne professe

1. PéllitetarmaB.(Sidon.Apollinar.Carm»na,apudScrtpt. rer. gallic. et franbic.,t. I, p. 807.) — Procopius. Ite Francis, a^uà ibidv t. II, p. 31.

2. Chludowicus rex, cum Dei benedictione per sanction Remigium accepta, de Victoria sibi ab eo praxlicta securus... iter arripuit conlra Gundebaudum et Godegislum fratrem ejus, comraoto exercitu niaxinio. (Vita S. Remiijii, apud ibid.,t. III, p. 378.)

3. En latin Gundobaldus. — Gond, gund, guth, guerre, guerrier: bald, bold, hardi.

Page 1