LIVRE PREMIER
d'être convaincu de pareilles manœuvres, et, menacé 507 de mort dans sa ville épiscopale, il s'était sauvé par la fuite *. Ces faits, plus nombreux sans doute qu'on ne les trouve dans les historiens de l'époque, montrent quelle ardente sympathie, jointe à un concours actif, attendait l'armée d'invasion dans sa marche au delà de la Loire, sur Poitiers, Toulouse et Bordeaux.
A dix milles de Poitiers, sur les bords du Clain, se livra une bataille décisive où les-Goths furent vaincus et où leur roi Alarik fut tué. Peu de villes résistèrent à l'invasion; la plupart étaient livrées parleurs habitants2; ceux dont la domination arienne avait blessé ou inquiété la conscience, travaillaient à sa ruine avec une sorte de fanatisme, tout entiers à la passion de changer de maîtres. Sans chefs et désunis après la perte de leur roi, les Goths ne purent tenir la campagne; ils abandonnèrent leurs provinces du nord et de l'ouest, et, se cantonnant sur les bords de la Méditerranée, ils gardèrent la Septimanie annexée à l'Espagne, désormais le corps de leur royaume. Les bandes victorieuses marchèrent jusqu'à l'Aude et
1. Multi jam tune ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. Unde factura est, ut Quintianus Ruthenorum episcopus per boc odium ab urbe depelleretur. Dicebant enira ei : « Quia desiderium tuum est, ut Franeorum dominatio possideat terram banc. » (Greg. Turon. Hist. Franc, lib. II, cap. xxvi. apud Script, rer. gallic. et francic, t. II, p. 181.) — ... Orto inter eum et cives scandalo, Gotthos qui in bac urbe morabantur, suspicio attigit, exprobantibus civibus, quod velit se Franeorum ditionibus subjugareconsilioque accepto, cogitaverunt eum perfodere gladio. (Ibid.)
2. Les détails manquent sur ce point, mais le fait général est confirmé par ce qu'on raconte des citoyens de Rhodez vingt ans plus tard : « Posteaquam pia atque inclyta et christianœ religionis cul- « trix Franeorum ditio Rutenam urbem, conjurante sibi populi ejus h favore, subjecit. (Vita S. VaVmatii, apud ibid., t. III, p. 420.)
507 jusqu'au pied des Pyrénées, pillant les villes, dévastant les campagnes, et emmenant les habitants en esclavage à la suite de leurs chariots l. Si des consignes,données par le roi Chlodowig, préservèrent de tout ravage quelques églises et quelques monastères fameux, les autres ne furent pas épargnés. Il y eut de saints personnages menacés ou frappés de l'épée, et des prêtres emmenés en servitude2. Le clergé, qui avait souhaité la venue des Franks, éprouva ce qu'était leur christianisme ; le peuple, ce qu'ils avaient de "sens moral, de culture et d'humanité. De cette épreuve continuée après la conquête sous les formes d'un gouvernement nouveau, sortit plus tard la grande réaction qui, séparant la Gaule en deux parts diverses d'esprit et de mœurs, souleva dans le midi, encore imbu de civilisation romaine, une lutte nationale contre la barbarie du nord \
508 Telle était la domination redoutable qui, s'éten- 567 dant du Rhin aux Pyrénées, parvint à cerner de
1. « Contra Francos a domino nostro (Tbeodorico) destinâtur extremis, qui Gallias Francorum depreedatione confusas... suo acquisivit jmperio. » (Cassiodori Chronicon, apud Script, rer. y allie, et francic, t. II, p. 14, note a.)—... Facta est captivorum innumerabilis multitudo, qui dispei*si per région es sunt dilatati... (Vita S. Eptadii, apud ibid., t, III, p. 381.)
2. Eodera tempore contigit, ut Franci cum Gothis conrlictu bellico advenirent,. précédente eos Cblodoveo rege. Cum autem monasterio propinquassent, in quo S. Maxentius pastor babebatur, instinctu cogitare cœperunt, ut idem monasterium debellare debevent, et sanctum virum occiderent. : Waxentii, apud ibid., p. 390.) — Xam de bis qui in pace nostra . tam clerici quam laici; subrepti fuerint...
Epistola Chlodovei ad episcopos de captivis relaxandis, post bellum Gotbicum, apud ibid., t. IV, p. 54.)
3. Voyez ci-après, liv. VIII; voyez aussi Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains.