‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 30 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

toutes parts le coin de terre occidental où s'étaient ré- 50s fugïés les Bretons. Des gouverneurs franks s'établi- 567 rent dans les villes de Nantes et de Rennes. Ces villes payèrent le tribut au roi des Franks ; mais les Bretons refusèrent de le payer, et seuls ils osèrent tenter de soustraire leur petite contrée au destin de la Gaule entière. Dans cette entreprise pleine de hasards, ils réussirent à force de courage et de volonté. Ils soutinrent une lutte constante et acharnée contre les successeurs de Chlodowig et contre la puissance encore plus grande des rois dont la dynastie remplaça la race mérovingienne. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, ils maintinrent durant quatre siècles leur existence nationale, sinon leur indépendance pleine et entière; et après ces quatre siècles, devenus conquérants eux-mêmes à l'égard des Franks, ils passèrent leurs anciennes limites, et, ajoutant à la Bretagne primitive les pays de Rennes et de Nantes, ils formèrent le vaste territoire qui jusqu'à nos jours a porté ce nom 1 .

Les Bretons, dont le christianisme remontait jusqu'à une époque voisine du temps des apôtres, étaient venus en Gaule accompagnés de prêtres et de moines qui devinrent des missionnaires pour la contrée maritime où ils fixèrent leur demeure2. Ces hommes pieux et instruits épurèrent la foi, encore imparfaite, des anciens habitants du pays, ils portèrent même

1. Voyez Hadriani Valesii Rerum francicarum, lib. VI, t. I, p. 281 et seq. Voyez du même Notitia Galliarum, verbo Britannia. — Voyez aussi dans Dix Ans d'études historiques le morceau intitulé Épisode de. l'histoire de Bretagne.

2. Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau, t. I, p. 7 et suiv.

008 leurs prédications sur les territoires voisins, et, 567 comme ils étaient doués d'un grand zèle et d'une parole sympathique, ils furent partout bien accueillis. Les citoyens de Rennes choisirent pour évèque un émigré breton, et les Bretons, se créant une Église modelée sur celle de leurs ancêtres, instituèrent des sièges épiscopaux dans plusieurs villes de leur nouvelle patrie où il n'y en avait jamais eu *. Ils firent cet établissement religieux, comme ils avaient constitué leur gouvernement civil, sans demander permission ni conseil à aucun pouvoir étranger.

Lorsque la domination franke eut atteint ses limites dans la Gaule occidentale, l'Église bretonne, déjà distincte des Églises voisines par sa discipline particulière, s'en sépara plus que jamais; ses évèquesne se rendirent point aux conciles des Gaules, convoqués par les rescrits des roisfranks2. Ils maintinrent pour leur pays l'indépendance religieuse qui devait être l'une des garanties de son indépendance politique. En même temps, le métropolitain de Tours, chef spirituel de tout le territoire que les Romains avaient

1. Ces évêchés sont ceux de Dol, de Léon, de Tréguier, de Quimper et d'Alet, aujourd'hui Saint-Malo. La cité, de Vannes se trouva primitivement hors des limites bretonnes, quoique la plus grande partie de son territoire y fût comprise.

2. Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau, t. I, p. 8 et 9. — La présence d'un évéque des Bretons, Mansuetus, au premier concile de Tours, tenu en 461, est un fait antérieur à 1 établissement des Franks entre la Somme et la Loire. L'intervention du roi Hildebert dans le choix des premiers évêques de Dol et de Léon fut le résultat de la souveraineté de fait qu'il avait acquise temporairement sur une partie de la nation bretonne, par la soumission volontaire d'un usurpateur. C'est à cause des mêmes circonstances que, par une exception unique, on trouve le nom de Samson, premier éveque de Dol, mêlé à ceux des prélats réunis h Paris, en 537.

appelé troisième province lyonnaise *, sommait le 508 clergé de la Petite-Bretagne, comme établi sur son 567 diocèse, de reconnaître sa suprématie et de recevoir ses commandements. Les Bretons ne crurent point que la circonscription impériale des territoires gaulois leur imposât aucune obligation de soumettre à l'autorité d'un étranger leur Église nationale, par eux transplantée d'outre-mer 2. Suivant leurs idées et leur esprit de patriotisme exclusif, la prétention de l'archevêque de Tours étant pour eux sans nulle valeur, ils n'en tinrent pas le moindre compte. Le prélat gaulois, dans son synode, les déclara excommuniés, et ils ne s'émurent pas davantage. Ils continuèrent de régler sans lui toute l'administration de leur Église, d'établir des évêchés, de faire des évèques et de donner à l'un d'entre eux le pouvoir et le titre d'archevêque 3.

C'est ainsi que le siège métropolitain de Dol fut érigé en opposition à la métropole de Tours, et que, dans l'intérêt de sa nationalité, la Bretagne armoricaine soutint contre l'Église des Gaules une lutte d'indépendance qui ne fut, pour ainsi dire, qu'une des faces de la grande lutte soutenue par elle contre

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