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Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau, t. I, p

3. Adjicimus etiam, ne quis Britannum, aut Romanum, in Armorico, sine métropolitain aut comprovincialium voluntate vel litteris, episcopum 'ordinare praesumat. Quod si quis contraire tentaverit, sententiam in anterioribus canonibus prolatam observet, et a nostra caritate usque ad majorem synodum se cognoscat remotum, et excommunicatum... (Concilium Turonense n, anno 567, apud Sirmondi Concilia antique GallUe, in-fol., 1629, 1. 1, p. 332.) — Voyez Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, p. 13.

se: les souverains de ce pays1. Un double caractère de 590 personnalité nationale, de répugnance au joug étranger, civile d'une part et religieuse de l'autre, est le trait saillant de son histoire. Sous ce rapport, la destinée que se firent les Bretons réfugiés en Gaule eut quelque chose de conforme à l'énergie de résistance patriotique déployée durant des siècles par les Bretons demeurés dans l'île, 'au milieu de toutes les angoisses d'une nation vaincue défendant pied à pied les restes de son territoire envahi.

Les conquérants de l'île de Bretagne joignaient aux fureurs de la barbarie germanique celles d'un paganisme jaloux. A mesure que leur domination s'étendit en avançant de l'est à l'ouest, ses progrès furent marqués par la ruine de tout ce qu'avaient fondé autrefois la civilisation romaine et, après elle, le culte chrétien. Les villes étaient dévastées, les églises détruites, les évèques et les prêtres mis à mort, pendant que les populations subissaient le joug de l'ennemi païen et qu'un reste de braves se retirait vers les montagnes du pays de Galles2. Des trois métropoles de provinces qui, sous les Romains, étaient en même temps les trois sièges archiépiscopaux de la Bretagne, deux, Londres et York, tombèrent au pouvoir des Anglo-Saxons; la troisième seule, Kaerléon surl'Usc, resta bretonne3. Cette ville,

1. Voyez Dom Lobineau. Histoire de Bretagne, 1. 1, p. 56, 60, 69. 94, 101, 103, 184 et 185.

2. Ruebant œdificia publica simul et privata, passim sacerJotes in ter altaria trucidabantur : prsesules cum populis sine nllo respectu bonoris ferro pariter ac flammis absumebantur... (Bedse Historia ecciesiastica gentis Anglorum, lib. I, cap. XV, p. 59.)

3. Les noms des trois provinces étaient Maxima Caesarieruis, Bri-

où une légion, la seconde Auguste, séjournait en permanence, avait été ornée par les empereurs d'édifices considérables *. Soustraite à l'invasion saxonne avec le territoire cambrien, chef-lieu d'une province devenue pour les Bretons toute la patrie, elle fut désormais leur capitale vénérée par eux et qu'ils nommaient avec orgueil ; c'est là que leurs traditions romanesques ont placé les grandeurs et les magnificences de la cour du roi Arthur2. Historiquement, Kaerléon, la ville des légions, devint, au sixième siècle, le séjour du gouvernement indigène et le centre d'une nouvelle Église de Bretagne, formée ou accrue des débris que l'ancienne avait laissés dans sa chute. Pour les Bretons restés libres, le siège épiscopal de cette ville, le dernier subsistant des trois sièges métropolitains, fut la suprême autorité religieuse, et l'idée de son indépendance se lia dès lors à l'idée même de leur nationalité.

Depuis le temps où la Bretagne, séparée de l'empire et attaquée par les Pietés et les Scots, reçut

tannin prima et Britannia secunda ; York appartenait à la première Londres à la seconde, et Kaerléon à la troisième. — Voyez Camden, Britannia, p 111.

1 . En langue bretonne, Caer-lléon veut dire ville de la légion ou des légions. Les noms latins, donnés par Camden, sont Civitas legionum, Isca Silurum, hea legio secunda. — Voyez Ibid., p. 489. — Videas hic multa pristinœ nobilitatis adhuc vestigia : palatia immensa... turrim giganteam : thermas insignes : templorum reliquias, et loca tbeatralia mnris egregiis partim adhuc exstantibus, omnia clausa (Giraldi Cambrensis Itinerarium Cambrise, apud Camdeni Ànglica, Normannica, Hibernica, etc., p. 836.)

2. Hic magni illius Arthuri famosam curiam legati adiere Romani. (Ibid.) — Voyez Galfridi Monumetensis Historia regum Britannise, passim.

>67 des Romains un dernier secours, surtout depuis Tin ito vasion saxonne, les Bretons assiégés dans leur île avaient perdu l'habitude et en grande partie les moyens de communiquer au dehors; leurs relations avec le continent devinrent de plus en plus rares, et ils cessèrent bientôt d'en avoir avec Rome, soit pour des intérêts politiques, soit pour les choses de la religion1. La barbarie païenne, qui s'emparait graduellement de leurs côtes à l'est et au midi, élevait une barrière impénétrable pour les étrangers non moins que pour eux. Dans cet isolement, refoulés sur eux-mêmes et absorbés dans leur lutte à mort contre les envahisseurs du pays, ils s'attachèrent plus étroitement que jamais aux mœurs de leurs ancêtres et à leurs coutumes héréditaires, comme au principe de leur vie nationale, comme à la force qui un jour devait leur donner la victoire et leur rendre la liberté.

Ce qu'ils tenaient du caractère et de l'esprit des races celtiques se raviva chez eux aux dépens de ce qu'ils avaient reçu, pour leur part, de cet esprit général, de cette conformité d'usages que l'unité romaine tendait à introduire non-seulement dans l'ordre civil, mais encore dans l'ordre ecclésiastique. Ils embrassèrent avec prédilection, d'un côté le vieux fonds indigène de leurs habitudes sociales, de l'autre ce

1. Ce fut l'Église des Gaules, et non l'Église romaine, qui députa deux fois en Bretagne saint Germain, évêque d'Auxerre, pour y combattre l'hérésie pélagienne dans les années 429 et 447 : Ex Britanniis directa legatio Gallicanis episcopis nuntiavit Pelagianam perversitatem... (Vita S Germant episc. Autissiodor., apud Script, rer. gallic. et francic, t. I, p. 642.)

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