‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 34 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

à ce point, ils s'effrayèrent des périls et des diffi- 596 cultes de l'œuvre dont on les chargeait et voulurent retourner sur leurs pas1. Augustin repartit seul, pour aller demander, au nom de tous, au pape Grégoire, la grâce d'être exemptés de ce voyage dangereux, dont l'issue, disait-il, n'était rien moins que certaine, chez un peuple d'une langue inconnue. Mais le pape n'y consentit pas. « Il est trop tard pour « reculer, répondit-il ; vous devez accomplir votre « entreprise sans écouter les propos des médisants ; a moi-même je voudrais de tout mon cœur travailler « avec vous à cette bonne œuvre2. »

Le commandement ainsi renouvelé avec une fermeté douce ranima le zèle des missionnaires. Fondateur du couvent où ils étaient nourris, Grégoire avait été leur abbé avant d'être pour eux l'évêque de Rome; ils lui devaient à plus d'un titre l'obéissance filiale ; ils obéirent donc et reprirent leur chemin vers le nord3. Ils allèrent d'abord à Châlon, où résidait Theoderik, filsdeHildebert, roi d'une moitié delà portion orientale du pays conquis par les Franks *. Ensuite ils se

1. Qui susceptœ peregrinationis, post (lies aliquot, inerti tsedio praègravati, redire domum potins quam barbaram, feram, incredulamque gentem, cujus ne linguam quidem intelligerent, adiré decreverunt. (Vila S. Gregorii Magni, auctore Johanne diacono, apud S. Gregorii Opéra omnia, t. IV, col. 55.)

2. ... « Oportet, ut opus bonum, quod auxiliante Domino cœpistis, impleatis. Xec ergo labor vos itineris, nec maledicorum hominum lingiiœ deterreant... Etsi vobiscum laborai*e neqneo, simul in gaudio retributionis inveniar, quia laborare scilicet volo. » (S. Gregorii Magni Epistola, apud Bedse Hist. ecclesiast., lib. I, cap. xxxiii, p. 74.)

3. His exbortationibus Augustinns cum fratribus roboratus... Britanniam petiit... (Vita S. Gregorii Magni, auctore Johanne diacono, apud S. Gregorii Opéra omnia, t. IV, col. 55.)

4 Oster-Frankono-Rike, Oster-Rike, Oster Liudi, Osterland. En

596 rendirent à Metz., où régnait, sur l'autre moitié, Theodebert, aussi fils de Hildebert. Ils présentèrent à ct^ deux rois des lettres du pape Grégoire, faites pour exciter leur bienveillance d'une part en intéressant leur foi feligieuse, et de l'autre en flattant leur vanité. Grégoire savait que les Franks étaient en guerre avec les Saxons de la Germanie, leurs voisins du coté du nord, et, partant de ce fait, il n'hésitait pas à qualifier du nom de sujets des Franks les Anglo-Saxons d'outre-mer que ces moines allaient convertir. « J'ai présumé, écrivait-il aux deux fils de « Hildebert, que vous deviez souhaiter avec ardeur « la conversion de vos sujets à la foi dans laquelle « vous êtes, vous, leurs seigneurs et leurs rois, et aj'ai fait partir Augustin, le porteur des présentes « avec d'autres serviteurs de Dieu, pour y travailler « sous la protection de votre puissance*. »

La mission remit aussi une lettre à la reine Brunehilde, aïeule des deux jeunes rois, femme d'une grande ambition et d'une rare habileté, qui, sous le nom de ses deux petits-fils, gouvernait la moitié de la Gaule. Elle appartenait par sa naissance à la famille des rois visigoths que l'invasion franke avait repoussés au delà des Pyrénées. A son mariage, d'arienne qu'elle était, elle devint catholique, reçut l'onction du saint chrême, et témoigna dès lors un

latin, Âus tri- francia, Austria, Austrasia, Heynum orientale. (Voyez les Lettres sur l'histoire de France, lettre X.)

1. «... Magnam de vobis materiam prœsumendi concepimus, quod subject< s vestros ad eara converti fidem per omnia cupiatis, in qua eorum nempe reges estis et domini... Vestra eos potestas tueatnr et adjuvet... » (S. Gregorii Magni Epistolae, apud Script, rer. rjallic. et francic, t. IV, p. 20.)

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