‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 48 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

crête, contre la fierté morale des races celtiques, 6f~ leur confiance en elles-mêmes, leur attachement à ce 604 qui s'était une fois pensé et pratiqué chez elles, leur extrême susceptibilité à l'égard de tout étranger s 'immisçant, par action ou par conseil, dans leurs affaires domestiques. Toutes ces causes réunies contribuèrent à rendre les évèques et les prêtres bretons imperturbablement sourds aux demandes et aux censures du légat ; ni ses prières, ni ses exhortations, ni ses invectives n'eurent aucun pouvoir sur eux. Ils ne voulurent pas se détacher d'une seule de leurs pratiques nationales, et quand l'archevêque et ses compagnons leur opposaient l'accord unanime de toutes les Églises orthodoxes : « Cela peut être bon « pour d'autres, répondaient-ils, mais nous aimons « mieux et nous voulons garder la tradition de nos « ancêtres 1 . »

A ce long et laborieux combat, dit un historien qui est l'un des pères de l'Église anglo-saxonne, Augustin mit fin en disant 2 : « Prions le Dieu qui fait « habiter dans la maison de son père ceux qui ont un « même esprit et un même cœur, pour qu'il daigne « nous montrer par des signes célestes quelle tradi- « tion l'on doit suivre et dans quelle voie il faut mar- « cher pour parvenir à son royaume. Qu'onamène ici « quelque malade, et que la foi de celui d'entre nous

1. Qui cum longa disputatione habita, neque precibus, neque hortamentis, neque increpationibus Augustini ac sociorum ejus assensum prsebere voluissent, sed suas potius traditiones universis quse per orbem sibi in Christo concordant Ecclesiis prœferrent... (Bedse H ist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. n, p. 110.)

2. ... Sanctus pater Augustinus hune laboriosi ac longi certaminis finem fecit, ut diceret.,. (Ibid.)

6oi « par les prières duquel ce malade aura été guéri soit 604 « crue la plus agréable à Dieu et celle que tous ont « à suivre1. » Étonnés, à ce qu'il semble, d'un pareil défi, les Bretons refusèrent l'épreuve; mais pour ne pas se déclarer du même coup inférieurs en foi et en œuvres, ils consentirent à la fin, et Ton amena dans rassemblée un aveugle saxon de naissance.

Cet homme fut présenté d'abord aux prêtres cambriens, et il n'éprouva de leur ministère ni guérison ni soulagement. Alors Augustin, ferme et calme devant la nécessité où il s'était placé lui-même, se mit à genoux et fit cette prière : « 0 Dieu, père de Jésusce Christ Notre-Seigneur, je te supplie de rendre la « vue à cet aveugle et de faire que la lumière corpoo relie, revenue à un seul homme, allume le flambeau « de la grâce dans le cœur de beaucoup de fidèles2. » Au même instant, si l'on en croit le récit du vieil historien, l'aveugle vit le jour, et l'assemblée, saluant Augustin d'un cri unanime, le proclama prédicateur de la souveraine vérité. Les Bretons, selon le même récit, eonfessèrent que la voie qu'il enseignait était le vrai chemin de la justice, mais ils dirent qu'ils ne pouvaient renoncer à leurs anciens ttsagéâ suis le consentement de leur nation, et de-

1. Aciducatur aliquis aeger : et per cujus preces fuerit curatus, hn jus fides et operatio Deo devota atqne omnibus sequenda credatuv. (Bedœ Hist. tccUisidst. gentis AngJor., lib. II, cap. il, p. 110 et 111.)

2. Qtlod cum adversarii inviti licet concédèrent, allatus est quidam de çenere Anglorum oculorum luce pvivatus; qui cum oblatus Britonum sacevdotibus ml curationis vel sanationis borum ministerio peteiperet, tandem AugustinuS justa neoessitate. compulsas tlectit genna sun. . . Tbid. . p. 1 1 1

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