‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 50 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

du moins par une dignité intempestive, resta immo- 6°l bile sur son siège *. Ils ne se demandèrent point s'il 6o4 11 y avait pas là quelque usage de l'étiquette romaine, ils ne virent qu'une chose : c'est qu'ils venaient en nombre se présenter à un homme, et que cet homme ne se levait pas devant eux. Un sentiment de fierté blessée, pour leur nation autant que pour eux-mêmes, leur fit croire que l'apôtre des Saxons voulait flatter, en les humiliant, l'orgueil de ses néophytes, et à cette idée qui soulevait en eux l'indignation patriotique, leurs doutes et leurs scrupules s'évanouirent; ils ne furent plus rien que Bretons. Dès que la discussion eut été ouverte par un discours du légat, ils témoignèrent leur impatience en murmurant contre lui, et s'étudièrent à le contredire sur tous les points 2.

Contraint par la vivacité de ses adversaires à resserrer le champ du débat, Augustin le fit en ces termes : «Vous agissez en beaucoup de choses d'une façon « contraire à notre coutume et à celle de l'Église « universelle ; pourtant si vous voulez obtempérer à « ces trois demandes : célébrer la pâque en son vrai « temps, accomplir les rites du baptême selon l'usage « de la sainte Église romaine et apostolique, enfin «prêcher avec nous la parole de Dieu'à la nation « anglo-saxonne, tout le reste de vos pratiques, bien « que opposées aux nôtres, sera toléré par nous avec

1. Factumque est ut venientibus Mis sederet Augustinus in s -lia. (Bedœ Hist. ecclesiast. gentis Anglor . , lib. II, cap. n ,

2. Quod illi videntes, mox in iram conversi sunt, eumque notantes s'iperbiae, cunctis quœ dicebat contradicere laborabant. (Ibid.)

m « indulgence1. » Mais cet ultimatum du légat ponti.

604 fîcal fut absolument rejeté; les Bretons lui répondirent qu'ils n'en feraient rien el qu'ils ne le rëconnâîtraient pas pour archevêque; qu'ils ne devaient obéissance qu'à leur chef légitime, l'évéque de Caerleom seul primat de File de Bretagne, et qu'ils tenaient pour chose indigne de communiquer leur foi à ceux qui leur avaient enlevé la terre de leurs pères 2. « Eh bien donc! s'écria Augustin d'un ton deineflace, « puisque vous ne voulez pas accepter la paix avec « .des frères, vous aurez la guerre avec des ennemis; « et puisque vous ne yotllezpas enseigner aux Saxons « le chemin de la vie, c'est par leurs mains que vous « sera infligé le châtiment de mort3. »

Une pareille prédiction n'était pas diiiicile à faire dans l'état de guerre incessante où se trouvaient les deux races cruellement ennemies l'une de l'autre; mais la prophétie d'Augustin etit cela d'étrange qu'elle

1. ... Cœtera quœ agitis, quamvis raoribus nostris contraria, sequahimiter tolerabhnus. (Bedœ Bist. è'cblêàidài. fièHiis ÀHtjt'dr., lib. II. cap. ii . p. 112.)

2. At illi nibil horum se factures neque illum pro archiepisc habituros esse respondebant. (Ibid.) — ... Ipsos ei nullam subjectionem debere respondit, nec suani pra?dicationem inimicis suis impendere : cuni et suum arcbiprœsulem baberent , et gens Saxonum patriam propriam eisdem auferre perstarent. Unde eos summo hàbebant odio : ndeitiquë et religionem eoriun pro rilnild babebant...

< ialtVi'li Mmmmetbensis Bist. reg. Britann , lib. XI, cap. xn. p. 209.) — Brut Tysilio, Myvyrian archaiology, t. II, p. 365. — Li Romqpis de Brut, par Wace, t. II, p. 257.)

3. Quibus vir Domini Augustinus fertur minitans praedixisse, qui si pacem cum fratribus accipere nollent, belluin ab bostibus forent accepturi. Et si nationi Anglorum noluissent viain vit» prsedicare, per horum manus ultionem essent mortis passuri. (Bedae Bist. ccclesiast. i/enlis Anglor., lib. II, càp. n, p. 113.

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