LIVRE PREMIER
nommait familièrement Seb \ eurent mis leur père eos dans la tombe, ils retournèrent au paganisme, et le- 6i6 vèrent toutes les défenses publiées contre la vieille religion nationale 2. Comme ils étaient d'un caractère doux, ils ne persécutèrent d'abord ni Févèque Mellitus, ni le petit nombre de ceux qui persistaient à l'écouter : ils se rendirent même à l'église chrétienne par passe-temps, et peut-être par une sorte d'incertitude secrète.
Un jour que Mellitus donnait à ses fidèles la communion de l'eucharistie : « Pourquoi, lui dirent les « jeunes rois, ne nous offres-tu pas, comme aux au- « très, de ce pain si blanc que tu donnais à notre « père Seb3? — Si vous vouliez, répondit Févèque, « vous laver dans la fontaine de salut où votre père a « été lavé, vous auriez, comme lui, votre part de ce « pain salutaire. — Nous ne voulons pas entrer dans « la fontaine; nous n'en avons nul besoin; et cepen- « dant nous avons envie de nous restaurer avec ce « pain \ » Ils renouvelèrent plusieurs fois cette bizarre demande : toujours l'évêque leur répéta qu'il ne pouvait y accéder ; et eux, imputant ses refus à
1. L'usage de ces sortes de diminutifs pour les noms propres subsiste encore en Angleterre.
2. Coopérant illi mox idololatriœ, quam vivente eo aliquantulum intermisisse videbantur, palam servire, subjectisque populis idola colendi liberam dare licentiam. (Bedse Hist. ecclesiast. gentis Anglor lib. II, cap. v, p. 121.)
3. ... Quare non et nobis porrigis panem nitidum, quem et patri nostro Saba (sic namque eum appellare consueverant) dabas, et populo adbuc in ecelesia dare non desistis? (Ibid., p. 122.)
4. ... Nolumus, inquiunt, fontem illum intrare, quia nec opus illo nos liabere novimus, sed tamen pane illo refici volumus. (Ibid.)
608 une obstination de mauvaise grâce, s'en irritèrent.
e?6 ((Puisque tu neveux pas, dirent-ils, nous complaire «dans une chose si aisée, tu sortiras de notre « pays * . »
6i6 Us le chassèrent en effet de Londres, lui et tous ses clercs d'origine romaine. Les bannis vinrent dans le pays de Kent, auprès de Laurentius et de Justus, qu'ils trouvèrent aussi découragés par la mort du roi Ethelbert et parles mauvaises dispositions d'Edbald, son successeur2. Ce prince n'avait pas reçu le baptême, et. sans persécuter les chrétiens, il autorisait, par son exemple et par les désordres de sa vie, la répudiation des principes et des mœurs du christianisme. Les trois évêques, d'un commun accord, résolurent, dit l'ancien historien, de retourner dans leur pays pour y servir Dieu d'un esprit libre de soins, plutôt que de résider sans aucun fruit parmi des barbares en révolte contre la foi3. Mellitus et Justus partirent ensemble et se rendirent en Gaule, afin d'y attendre quelque temps ce qui pourrait arriver de mieux. Laurentius, sur le point de les suivre et de quitter pour jamais la Bretagne, voulut cher-
1. « Si non vis assentire nohis in ta m facili causa quarn petimus, non poteris jam in nostra provincia demorari. » (Bedae Bist. eccli ijentis Ariglor., lib. II, cap. V, p. 122.)
2. Et expulerunt eum. ac de suo regno cum suis abire jusserunt. Qui expulsus inde venit Cantiam, tractaturus cum Laurentio et Justo coepiscopis, quid in his esset agendum. (Ibid.) — Alias jEd-bald, Ead-bald. Ed , earf, beureux ; bald, bold, hardi. Voyez le Gloss. d'Edward Lye.
3. Decretumque est comrauni consilio, quia satins esset ut omnes patriam redeiintes libéra ibi mente Domino deservirent, quam intef rebelles tidei barbaros sine fructu résidèrent. (Bedœ Hist. ecclesiast. ijentis Ânglor., lib. II, cap. v, p. 122.)