‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 54 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

par ses prières, avait obtenu que la reine accouchât sans accident et sans de grandes douleurs1. Dans ce moment de joie paternelle et de tendresse conjugale, Edwin, sollicité par sa femme, permit que l'enfant qui venait de naître fût baptisé au nom du Christ, et promit de se faire chrétien s'il revenait vainqueur d'une guerre où il se trouvait engagé. Il eut la victoire, mais à son retour, sans retirer sa promesse, il ne voulut écouter aucune proposition de baptême; seulement, à demi détaché de sa religion, il aimait l'entretien de ceux qui désiraient le convertir, discutait avec eux et avec les grands de sa cour le mérite des deux cultes et souvent réfléchissait en luimême sur le parti qu'il aurait à prendre2.

Afin d'agir sur son esprit indécis par des invitations faites de plus haut, et afin de l'attirer vers les choses célestes par l'appât des biens de la terre, il vint de Rome une lettre du pape Boniface, adressée au glorieux Edwin, pleine d'exhortations pressantes et terminée par ces mots : « Outre cela, je vous transmets « la bénédiction de votre protecteur, le bienheureux « Pierre, prince des apôtres, c'est-à-dire une tunique « ornée de bordures en or et un manteau de laine « fine d'Ancone s. » Ethelberghe reçut de même, pour

1. .,. Contra episcopus gratias cœpitag ère Domino Cbristo, regique astraere, quod ipse precibus suis apud illum obtinuçrit, ut regina sospes et absque dolore gravi sobolem procrearet. (Bedte Hist. ecclesiaït, genlis Anglor., lib. II, cap. ix^. 131.)

2. Sed et ipse, cum esset vir natura sagacissimus sa±pe diu solus residens... quid sibi esset faciendum, quœ religio servauda tractabat. (Ibid., cap. x, p. 132.)

3. Prseterea benedictionem protectoris vestri beati Pétri apostolorum principis vobis direximus, id est camisiam cum ornatura in

626 gage de la bénédiction de l'apôtre Pierre, un peigne r,28 d'ivoire doré et un miroir d'argent1. Des dons fuient agréés; mais ils ne décidèrent point le mi Edwin, dont l'esprit incertain, mais fier, et toujours armé de raisonnement, ne pouvait être vaincu que par une forte impression morale2.

Il y avait dans la vie du mari d'Ethelberghe une aventure extraordinaire, dont le secret longtemps gardé pour lui seul lui était, selon toute apparence, échappé une fois parmi les confidences du lit nuptial. Fils d'un mi de la province de Deïre3, envahie à main armée par Ethelfrith, il avait passé les premières années de sa jeunesse à errer de contrée en contrée, poursuivi par la haine, les intrigues et la puissance du conquérant*. Pendant qu'il était l'hôte du roi des Angles orientaux, nommé Rodwald, et qu'après tant de traverses il se croyait enfin en sûreté, il apprit que ce roi, gng té par des offres d'argent. venait de promettre de le livrer vif ou mort à son persécuteur. A cette terrible nouvelle, qu'il meut un soir au moment de se mettre au lit, le jeune exilé sortit du palais de Redwald: mais ne sachant plus où trouver un refuge et succombant sous le poids de

auro una, et lcena Auciriana una... (Bedœ Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lit). II, cap. x, p. 134.)

1. ... Id est, spéculum argenteum et pectinem eburneum inauratum... (Ibid., cap. xi. p. 135.)

2. Cum ergo videret Paulinus difficulter posse sublimitatem aniini regalis ad humilitatem viœ salutaris, et suscipiendum mysterium viviticœ crucis inclinari... (Ibid., cap. xii, p. 136.)

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