‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 56 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

vaincre l'irrésolution du roi1. La victoire fut com- ess plète ; le Saxon, frappé de stupeur, voulut se prosterner devant le Romain devenu son maître, et celuici le releva, ne prenant avec lui d'autre avantage qu'un ton de familiarité2. « Souviens-toi, lui dit-il, « de ta troisième promesse, et ne diffère plus de la « remplir. » Edwin répondit qu'il était prêt à recevoir la foi chrétienne, mais, encore fidèle à ses habitudes de prudence et de précaution, il ajouta qu'il avait à conférer là-dessus avec ses amis et ses conseillers. Paulin ne fit aucune objection, et alors fut convoqué, au nom du roi Edwin, le grand conseil national qu'on appelait en langue saxonne Wittena-Ghemote, l'assemblée des sages, qui se réunissait dans toutes les occasions importantes, et auquel assistaient les magistrats, les riches possesseurs de terres, les guerriers de haut grade et les prêtres des dieux. Le roi exposa devant cette assemblée les motifs de son changement de croyance, et s'adressant à chacun des assistants, l'un après l'autre, il demanda ce qu'il leur semblait de cette doctrine nouvelle pour eux3.

Le chef des prêtres parla le premier : « Mon avis, « dit-il, est que nos dieux sont sans pouvoir; et voici

1 . ... Ingrediens ad eura quadam die vir Dei, imposuit dexteram capiti ejus, et an hoc signum agnosceret, requisivit. (Beclœ Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. xn, p. 140.) — Tandem (ut verisimile videtur) didicit in spiritu, quod vel quale esset oraculum régi quondam cœlitus ostensum. (Ibid. , p. 136.)

2. Qui cum tremens ad pedes ejus procidere vellet, levavit eum, et quasi familiari voce affatus... (Ibid., p. 140.)

3. Habito enim cum sapientibus consilio, sciscitabatur sigillatim ab omnibus qualis sibi doctrina bœc eateuus inaudita , et novus divinitatis qui prœdicabatur cultus videretur ? (Ibid., cap. xm, P. 141.)

628 « sur quoi je nie fonde : pas un homme, dans tout le « peuple, ne les a servis aVec plus de zèle que moi, et «.pourtant je suis loin d'être Le plus riche et le plus « honoré parmi le peuple: mon avis est donc que nos « dieux sont sans pouvoir1. » Un chef des guerriers « se leva ensuite et parla en ces termes :

a Tu te souviens peut-être, Ô foi, d'une chose qui « arrive parfois dans les jours d'hiver, lorsque tu es <t assis à t&ble avec tes capitaines et tes hommes d'arec mes-, qu'un bon feu est allumé, que ta salle est « bien chaude, mais qu'il pleut, neige et Vfeïite au <f dehors. Vient un petit oiseau qui traverse la salle à « tirVd'ôile; entrant par une pbfte, sortant par l'aii- « tre : l'instant de ce trajet est pour lui plein de douce ceur, il ne sont plus ni la pluie ni l'orage ; mais cet « instant est rapide ; l'oiseau a fui en un clin d'oui, et « de l'hiver il repasse dans l'hiver3. Telle me semble « la vie des hommes sur cette terre, et son cours d'un « moment, comparé à la longueur du temps qui la « précède et qui la suit. Ce temps est ténébreux et « incommode pour nous ; il nous tourmente par l'im- « possibilité de le connaître: si donc 18 nouvelle ddo « trine peut nous mi apprendre quelque ëhdse de plus « certain, elle mérite que nous la suivions \ »

1. Multi autem sunt qui majora bénéficia a te receperunt, mule iiil valeve deos probavi. (Henrici Huntind. H\st.f lib I1I; apud Rer. anglic. Script., p. 328, éd. Savile.)

2. Mid tliinum EaldornTannum and Thegnum. .Traduction saxonne de l'histoire de Bède — Voyez Pièces justificatives, liv. I, n. 4.

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