LIVRE PREMIER
gène, ils n'avaient pas le même besoin que les Saxons 608 d'enseignements de ce genre, et ce n'était guère qu'en 610 religion que des changements considérables eussent pu résulter pour eux d'un rapprochement avec les successeurs romains de l'archevêque Augustin. Ceuxci, du reste, ne furent nullement découragés par le mauvais succès d'une première tentative. Continuant de se regarder comme primats de toute la Bretagne, ils renouvelèrent à ce titre aux évêques delà Cambrie les invitations et les sommations déjà faites. Laurentius, dès son avènement, leur adressa, pour les faire revenir de leurs résolutions d'indépendance, une lettre dont le texte est perdu et qui resta sans réponse ou fut suivie d'un nouveau refus d'obéir1. Les indigènes de la Bretagne persévérèrent dans la séparation religieuse qui pour eux n'était qu'une face de la séparation politique. Outre un attachement d'instinct aux vieux usages nationaux, leur schisme contenait deux choses, la- haine contre les Saxons et la défiance envers ceux qui venaient de couper une de- racines de cette haine en leur donnant les Saxons pour frères en christianisme. Il y avait en eux, selon le témoignage du principal historien de cette époque, une double aversion contre laquelle ni exhortations ni menaces ne purent prévaloir '.
1. Misit idem Laureutius eum coepiscopis suis etiara Britonum sacerdotibus litteras suo gradui condignas ; quibus eos in unitate catbolica confirmare sategit. Sed quantum La-c agendo profecerit, adbucpraesentiatempora déclarant. (BedseHitl. eeclesiast. <jentis Anglor., lib; II, cap. iv, p. 118.)
2. Britones quamvis et maxima ex parte domestico sibi odio gentem Anglorum, et totius catbolicag Ecclesiœ statutuni Pascba, minus recte moribusque improbis impugnent. tamen et divina sibi, et
608 Renonçant à rien gagner sur eux, mais ne renon- 6io c-ant pas aux pouvoirs du vicariat apostolique, et les étendant même hors de la Bretagne, Laurentius se tourna vers la grande ile voisine, dont le peuple, anciennement converti par les Bretons, participait à leur dissidence religieuse, mais n'avait rien des passions politiques et des ombrages nés de la conquête anglo-saxonne1. Sur ce nouveau terrain, le repré tant de l'Église romaine se trouva en présence d'une opposition née du seul fonds des traditions nationales et de l'originalité de mœurs et de caractère propre aux races celtiques. L'ile d'Erin, ou la Scotie, aujourd'hui l'Irlande, était alors si zélée pour la foi chrétienne, qu'on la surnommait l'île des Saints, et son Église, liée à l'Église bretonne par les mêmes doctrines et les mêmes usages, se croyait en possession des véritables règles de la discipline apostolique et ne voulait se conformer à l'exemple ni aux prescriptions d'aucune autre2. Contre l'orgueil de la
humana prorsus resistente virtute, in neutro cupitum possunt obtinere pvopositum. (Bedœ Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. V, cap. xxiv, p. 484 et 485.)
1. Denique non Sulum novae, quœ de Anglis erat collecta, Ecclesiaa cuvam gerebat, sed et veterum Britannia> incolarum , necnon et Scotorum, qui Hiberniam insulam Britannire proximam incolunt, populis pastoralem impendere sollicitudinem curabat. (Ibid., lib. II, cap. îv. p. 118. — ... Hiberniam... gentem innoxiam et nationi Anglorum semper amicissimam. (Ibid., lib. IV, cap. xxvi, p. 345.)
2. Tune Colmanus : Pascha, inquit, boc quod agere soleo, a majoribus meis accepi, qui me bue episcopum miserunt; quod omnes patres nostri , viri Deo dilecti, eodem modo célébrasse cognoscuntur. Quod ne cui contemnendum et reprobandum esse videatur, ipsum est quod beatus Jobannes Evangelista, discipulus specialiter Domino dilectus, cum omnibus quibus pra>erat Ecclesiis célébrasse legitur. (Ibid., lib. III, cap. xxv, p. 234.) — Les Irlandais, comme les Bretons, célébraient la pâque le quatorzième jour de la lune, si c'était