‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 61 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

suprématie romaine, les évêques, les prêtres et les moines d'Irlande s'armaient d'un autre orgueil, celui de leur foi nationale et de l'indépendance des Églises particulières que plus d'un concile général avait sanctionnée. Pressés en même temps que les Bretons de se rallier à l'unité catholique, et faisant cause commune avec eux, ils donnèrent à leur résistance le caractère acerbe d'une sorte d'excommunication prononcée par l'Église celtique contre ses puissants adversaires. C'est à ce propos que Laurentius, en son nom et au nom de ses deux coévêques, Mellitus de Londres et Justus de Rochester, leur adressa une lettre dont voici le commencement ' :

« A nos très-chers frères, les seigneurs évêques et « abbés de toute la Scotie, Laurentius, Mellitus et « Justus, évêques, serviteurs des serviteurs de Dieu. « Lorsque le siège apostolique, selon qu'il a coutume « de le faire pour tout l'univers, nous envoya dans « les contrées occidentales afin de prêcher la foi aux « nations païennes, et que nous arrivâmes dans cette « ile nommée la Bretagne, nous avions en grande « estime et en vénération de sainteté tant les Bretons « que les Scots, avant de les connaître et dans la

un dimanche, et non pas le dimanche qui suivait ce quatorzième jour. Comme les clercs bretons, leurs clercs portaient la tonsure en forme de demi-cercle sur le haut du front, et non en guise de coui*onne au sommet de la tête.

1. Siquidem ubi Scotorum in prœfata ipsorum patria, quomolo et Britonum in ipsa Britannia, vitam ac professionem minus ecclesiasticam in multis esse cognovit... Scripsit cum coepiscopis suis exhortatoriam ad eos epistolam, obsecrans eos et contestans, unitatem pacis et catholicœ observationis cum ca , quœ toto orbe diffusa est, Christi Ecclesia tenere. (Bedaï Hist. ecclesiast. gentis Anglor.. lib. II, cap. iVj p. 118.)

608 « croyance qu'ils se comportaient suivant l'usage de 6io « l'Église universelle. Mais connaissant les Bretons, « nous avons pensé que les Scots étaient meilleurs « qu'eux, et plus tard nous avons su que les Scots dans « leur conduite ne différaient en rien des Bretons ; « nous l'avons appris, à la venue dans cette île nomce mée plus haut, de l'évêque Dagan, et à celle de Co- « lumban, abbé d'un monastère en Gaule1 : car l'évè- « que Dagan, se trouvant près de nous, a refusé «non-seulement de manger à notre table, mais « encore de prendre son repas dans la même maison « que nous... »

Columban, ou plus exactement Colum, fondateur de deux abbayes célèbres et mis au nombre des saints, peut être considéré comme le type du sentiment et du zèle chrétien dans les races purement celtiques2, et sa vie offre des circonstances qui méritent d'être mentionnées ici. Tourmenté du désir d'aller chercher pour la foi des aventures et des périls, il avait quitté l'Irlande et, sans mission d'aucun pouvoir ecclésiastique, il s'était mis en mer avec douze comî>90 pagnons de son choix. Il passa en Bretagne, et de là 610 en Gaule ; puis gagnant la frontière orientale de ce pays par laquelle débordait ou menaçait de déborder

1. Sed cognoscentes Britones, Scotos meliores putavimus. Scotos vero per Daganurn episcopum in banc quam superius memoravimus insulam , et Columbarium abbatem in Galliis venientem, nihil discrepare a Britonibus in eorum conversatione didicimus. (Bedae Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. iv. p. 118.)

2. Voyez, sur le caractère et les écrits de saint Columban, Y Histoire de la civilisation en France, par M. Guizot, t. II; l'Histoire littéraire de la France, par M. Ampère, t. II, et les Études germaniques, de M. Ozanam, t. II.

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