LIVRE PREMIER
alors le paganisme germanique, il résolut d'y établir 590 un lieu de prières et de prédication1. Après avoir 610 parcouru les vastes forêts des Vosges, il choisit pour résidence les ruines d'une forteresse romaine dont le nom était Luxovium, aujourd'hui Luxeuil, et au milieu de laquelle se trouvaient une source d'eaux thermales et des bains magnifiquement ornés de bassins de marbre et de statues. Ces débris servirent à Columban et à ses compagnons de matériaux pour bâtir une maison et un oratoire, et le monastère fondé par eux s'établit sous la règle extrêmement austère des couvents d'Irlande2. La réputation de sainteté des cénobites d'outre-mer leur attira bientôt de nombreux disciples et la visite de personnages puissants. Theoderik, celui des rois franks sur les terres duquel ils habitaient, vint se recommander à leurs prières.
Columban, avec une liberté qu'aucun membre du clergé gallo-frank n'avait osé se permettre, fit au visiteur des remontrances sévères sur la mauvaise vie qu'il menait sans épouse légitime, avec des concubines et des maîtresses3. Ces reproches déplurent
1. A Britannicis ergo finibus (Columbanus et ejus socii) progressi ad Gallias ubi tune, vel ob frequentiam hostium externorum, vel ob negligentiam prEesulum... religionis virtus pêne abolita babebatur, tendunt. (Vita S. Columbani, apud Script, rer. gallic. et francic, t. III, p. 476.)
2. Invenitque castrum firmissimo munimine olim fuisse cultum... quem prisca tempora Luxovium nuncupabant; ibique an me calùla; cultu eximio constructse babebantur... Ibi residens vir egregius monasteriurn construere cœpit. (Ibid., p. 477.)
3. Ad quem cum sœpissime veniret, cœpit vir Dei eum increpare cur concubinarum adulteriis misceretur, et non potius légitima} conjugis solamine frueretur. (Ibid., p. 478.)
59o moins au roi qu'à l'aïeule du roi, à cette même Brue?o nehilde dont le pape Grégoire avait loué trop eomplaisamment îa piété, et qui, pour gouverner plus absolument son petit-fils, l'éloignait et le dégoûtait du mariage !. A l'instigation de cette femme aussi adroite qu'ambitieuse, les seigneurs franks et les évêques eux-mêmes travaillèrent, par des propos malveillants, à indisposer Theoderik contre le chef des moines étrangers. On l'accusait de n'avoir qu'une orthodoxie douteuse, de faire schisme dans l'Église des Gaules, d'observer une règle insolite suivant laquelle nul visiteur laïque n'était admis dans l'intérieur du mo- 6io nastère2. Après une scène violente où le roi, venu à Luxeuil, pénétra jusque dans le réfectoire des moines, et où Columban maintint sa règle avec un courage inébranlable, il fut ordonné à l'Irlandais de reprendre le chemin par où il était venu3. Une escorte de soldats le conduisit à Besancon, de Besancon à Autun, d'Autun à Nevers, et de là sur la Loire jusqu'à Nantes, où il fut embarqué pour l'Irlande4. Mais sa
1. Verebatur enim ne si abjectis concubinis reginam aula; pra?-' fecisset, diguitatis atque lionoris sni modum amputasset. (Vit» S. Columbani, apud Script, rer. gallic. et francic, t. III, p. 478. -- Epistolx Gregorii papa; ad Bruuichildem. (Ibid., t. IV, p. 20-34.)
2. ... Hortaturque proceres, auiicos et opt imites onines , xvt régis animum coutra virum Dei perturbarent, episcoposqne sollicitare agressa est, ut ejus religionem detraheudo, et statum régula;, quem suis custudiendum monacbis indiderat, macularent. (Ibid., t. III, p. 479.)
3. ... Uttam regiisquam etiam nostris obéras prœceptis, egressusque pergas eo itinere, quo primum bis adventasti in locis... (Ibidv p. 480.)
4. Post ba?c SufFronius Namnetensis urbis episcopus , una cum Tbeudoaldo comité , juxta régis imperium , beatum Coiumbanura nave suscepturn ad Hiberciara destinare prseparabat. (Ibid.; p. 480.)