LIVRE PREMIER
mais réduites à l'état d'opinion nationale. On vit d'abord s'en détacher les populations bretonnes, englobées comme tributaires dans les royaumes anglosaxons, et que pressaient d'une part l'active prédication des évêques, de l'autre la toute-puissance des dominateurs étrangers1. Plus tard la dissidence religieuse éclata au sein du pays de Galles, favorisée qu'elle était par la division de ce pays en deux royaumes, celui du Nord et celui du Sud, division qui énervait l'autorité primatiale de l'évèché de Caer-. leon, transféré alors avec son titre à Menew, aujourd'hui Saint-David2. L'archevêque du royaume du Nord s'affranchit de la juridiction de celui du royaume du Sud, étant à même de le supplanter comme archevêque universel de la Cambrie. Il chercha pour cette révolte un appui dans les sympathies catholiques en se ralliant à l'Église romaine et à l'Église anglosaxonne dans la grande question de la fête de Pâques. Il ouvrit ainsi une longue série de troubles intérieurs dans lesquels les Saxons intervinrent, et dont le récit est empreint d'une couleur lugubre clans les vieilles annales du pays.
1. Aldbelmus, cum esset adhuc presbyter et abbas monasterii quod Maildulfi urbem nommant, scripsit, jubente synodo suœ gentis, librum egregium adversus errorem Britonum, quo vel Pascba non suo tempore célébrant, vel alia perplura castitati et paci contraria gernnt. Multosque eorum, qui occidentalibus Saxonibus subditi erant Britones, ad catbolicam dominici Pascba} celebrationem hujus lectione perduxit. (Bedœ Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib V, cap. xix, p. 436.)
2. Cette translation était déjà faite quand eurent lieu les conférences d'Augustin avec le clergé breton ; mais l'ancien titre d'évOque de Caerleon subsistait pour le primat de la Cambrie, malgré son cbangement de résidence. Dans la suite il tomba en désuétude, et le titre effectif, celui de Mcr.ew, autrement Saint-David, prévalut.
768 « L'an du Christ 768, dit un chroniqueur breton, « le temps de la Pâque fut changé dans le Nord par « le conseil d'Elbod, évêque de Bangor ; mais les « autres évêques n'adhérèrent pas à ce changement, « et, à cause de cela, les Saxons firent une irruption « dans le Sud, où eut lieu le combat du bois de M arec chan, et où une victoire glorieuse fut remportée par
777 «les Kymris1. L'an du Christ 777, le temps de la « Pâque fut changé dans le Sud, et ce changement fut « la cause de la guerre qui commença entre les hom- « mes du Sud et leur roi, et de la grande destruction « que celui-ci en fit sans les vaincre, car le roi fut tué « dans un combat au temps de l'été, et voilà pource quoi on nomme cet été l'été humide de sang. Or, (( depuis cet événement, le roi des hommes du Sud «n'a jamais plus mis sa parole dans la parole du
809 « pays2. L'an du Christ 809, mourut Elbod, arche- « vèque du Nord, et le soleil s'obscurcit, et il y eut « de grandes dissensions parmi les gens d'église à « l'occasion de la Pâque, parce que les archevêques « de Menew et de Landaf ne voulaient pas se sou- « mettre à l'archevêque du Nord, pays autrefois « dépendant de leur autorité spirituelle 3. »
1. Brut y Tywysogion (Chronique de Caradoc de Lancartan), Myvyrinn archaialogy, t. II, p. 473. — Anno 768, Pascha commutatur apud Britones (super dominicain diem), emendante Elbodugo homine Dei. (Annales Cambriœ, apud Momnnenta Jtistnriia britannica, p. 834.)
— Le Brut y Tywysogion donne ce fait sous la date de 755, que j'ai rectifiée comme probablement inexacte.
2. Brut y Tywysogion (Chronique de Caradoc de Lancarvan), Myryrian archaiology, t. JT, p. 473.
3. Ibid., p. 474. — L'archevêque de Landaf est nommé ici, parce que le titre primatial de Caerleon avait un moment passé à son église avant d'être transféré à Menew ou Saint-David. — Voyez Wilkins,