LIVRE PREMIER H
C'est la dernière mention qui soit faite du schisme 8io dans les chroniques bretonnes; il s'éteignit avant la 950 seconde moitié du neuvième siècle, et avec lui cessa d'exister une des forces nationales des Cambriens, la résistance religieuse. Le ressort de l'opposition à la puissance des Saxons, devenu purement laïque, passa des mains du clergé à celles d'une autre classe d'hommes plus ancienne que lui et en rivalité d'influence avec lui, la classe ou, pour mieux dire, la corporation des bardes, à la fois historiens , moralistes, savants et poëtes. On sait quel rôle éminent les bardes avaient joué dans la race celtique païenne, sous l'autorité et la direction du sacerdoce des druides; chez les descendants chrétiens et non mélangés de cette race, il leur restait, à côté des enseignements du sacerdoce évangélique, le dépôt des traditions, des idées et des passions nationales *. La chute de la domination romaine en Bretagne y réveilla le génie bardique ; la lutte, sans cesse renouvelée, des Bretons contre les Saxons, accrut ce génie et l'inspira d'un sentiment patriotique, mêlé de douleur et d'espérance, à la fois tendre et violent. Au neuvième siècle, lorsque le clergé cambrien entra en commu-
Concilia Magnse Britannice, t. I, p. 24, n. — La primatie du siège de Saint-David se releva plus tard; on la voit sanctionnée en 914 dans le code des coutumes cambriennes rédigé par l'ordre du roi Howei Dda : Menevia est sedes prineipalis in Cambria. (Leges Wnllicse, lib. II, cap. xviii, art. 1, p. 794.)
1. Per hœc loca... viguere studia laudabilium doctrinarum inchoata per bardos, et euhages, et druidas. Et bardi quidem fortia virornm illustrium facta, heroïcis composita versibns, cnm dulcilms lyrae modulis cantitarunt. (Ex Ammiani Marcellini , lib. XV, cap. ix, apud Script, rer. gallic. et francic, t. I, p. 544.) — Voyez Welsh laws, book XIII, cbap. n, art. 59 et 61, p. 640 et 641.
i20 CONQUÊTE DE L'ANGLETERRE
8io nion avec l'Église anglo-saxonne sous la discipline osa catholique, les bardes, gardiens ombrageux de l'antipathie héréditaire, se séparèrent de lui et le poursuivirent de leurs accusations et de leur défiance. Des 950 vers, interpolés depuis cette époque dans les chants des anciens poëtes, imputent les désastres nationaux au bon accord des moines et des clercs avec l'étranger1. On trouve dans ces passages pseudonymes les noms d'excommuniés et de traîtres donnés aux religieux gallois et des vœux pour que leur trahison soit punie comme elle le mérite, vœux capables malheureusement de soulever les passions populaires, et qui, plus d'une fois, s'accomplirent par la destruction de fond en comble d'abbayes cambriennes situées près de la frontière saxonne et peuplées en partie de moines saxons5.
700 Le huitième siècle nous montre la nation anglo- 800 saxonne arrivée au plus haut développement de sa destinée comme peuple conquérant et comme peuple catholique. D'une part, elle a établi contre les Bretons ses limites territoriales et gagné sur eux des positions extrêmes qu'elle ne perdra plus ; de l'autre, elle a dans le monde chrétien un rang élevé et un caractère qui lui est propre. Elle est la nation la plus intimement unie à l'Église romaine par les liens de la filiation spirituelle, de la croyance et de l'enseignement. Ce que les missionnaires de Rome avaient