‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 67 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fait autrefois pour elle se poursuit auprès des nations 700 germaniques du continent par des missionnaires de 800 son Église, sous la direction de celle de Rome1. Ses rois les plus actifs dans la guerre et le soin des intérêts mondains semblent avoir les yeux fixés sur Rome comme sur une seconde et meilleure patrie où ils désirent aller finir leur vie auprès du tombeau des apôtres : et en effet, plusieurs d'entre eux abdiquèrent pour exécuter ce pèlerinage sans retour0-. Ils firent plus ; ils constituèrent les royaumes qu'ils cessaient de gouverner débiteurs, envers l'Église romaine et l'apôtre saint Pierre, d'un tribut payé annuellement par chaque maison habitée, et que les actes réitérés de cette pieuse et dangereuse munificence étendirent à toute l'Angleterre, sous la forme d'une sujétion moins religieuse que politique3.

1. Voyez le beau Mémoire de M. Mignet sur la conversion de la Germanie au christianisme, Notices et mémoires historiques, t. II, p. 44 et suiv.

2. Abeunte autem Romam Ceadvalla, successit in regnum (occidentalium Saxonum) Ine, de stirpe regia, qui cum triginta et septem annis imperium tenuisset gentis illins, et ipse, relicto regno ac junioribus commendato, ad limina beatorum apostolorum, Gregorio pontificatum tenente, profectus est ; cupiens in vicinia sanctorum locorum ad tempus peregrinari in terris, quo familiarius a sanctis recipi mereretur in cœlis. (Bedaî Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. V, cap. vu, p. 394.) — Ut Coenred Merciorum, et Offa ori entai ium Saxonum rex, in monachico babitu Romœ vitam finierint. (Ibid., cap. xx, p. 438.)

3. Iste (Ina) voluit illud Ecclesiœ romanas vectigal jure perpetuo constituere, ut domus singula? singulos denarios annuatim S. Petro pondèrent; sic devincire populum suum studens, tit annui census pensitatione cognosceret se subditum S. Petro, cnjus et ridem fîrmam illibatamque jugiter conservaret ; quem et scientes omnes dominum esse suum propensiori studio colerent, et in opportunitatibus invocarent. (Baronii Annales ecclesiast., t. IX, p. 129.) — Fecit autem idem, ejus exemplo (ut opinor) ductus, Offa Merciorum rex, qui non mul-

6oo Les successeurs des anciens chefs d'aventuriers 636 Henghist, Horsa, Kerdik et Ida, instruits par le clergé romain à revêtir les insignes pacifiques de la dignité royale et à porter, au lieu de la hache de leurs ancêtres, des sceptres à fleurons dorés, cessèrent de mettre au premier rang les exercices de la guerre. Leur ambition fut de voir autour d'eux, non de grandes troupes de braves bien pourvus d'armes, mais de nombreux .couvents institués pour la prière et pour l'étude1. Souvent eux-mêmes coupaient leur longue chevelure pour se vouer à la réclusion 2, et si le besoin d'une vie active les retenait au milieu des affaires, ils comptaient comme un des grands jours de leur règne la consécration d'un monastère. Cet événement était célébré avec tout l'appareil des solennités nationales; les chefs, les évèques, les guerriers, les sages du peuple se rassemblaient, et le roi s'asseyait au milieu d'eux, entouré de sa famille3. Quand les murs nouvellement bâtis avaient

tum post tempus regnavit. Hoc vectigal, prout quidam scribunt. auxit post haec Ethelwulphus, seu Atulphus rex, qui, ut proximo libro demonstrabitur, totius fere insulœ imperiura obtiuuit. (Bavonii Atmales eccîesiast., t. IX, p. 130.) — Voyez ibid., t. XI, p. 58.

1. Exercitium armorum in secundis ponentes... ("VVillelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 101, éd. Savile.) — L'bistorien de l'Église anglo-saxonne dit de ses contemporains : Plures in gente Xorthanhymbrorum , tam nobiles qttam privait, se suosque libéras, depositis armis, satagunt magis, accepta toiisura, monasterialibus asrribere votis quam bellicis exercere studiis. (Bedœ Hisl. eccîesiast. gentis Anglor., lib. Y, cap. xxiv, p. 485.)

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