LIVRE PREMIER
été aspergés d'eau bénite et consacrés sous les noms 600 des deux patrons de la ville de Rome, les apôtres 658 saint Pierre et saint Paul, le roi saxon se levait et disait à haute voix * :
« Grâces soient rendues au Dieu très-haut, de ce 656 « que j'ai pu faire quelque chose en l'honneur du « Christ et des saints apôtres. Tous tant que vous êtes « ici, soyez témoins et garants de la donation, faite a par moi aux moines de ce lieu, des terres, marais, « étangs, cours d'eau ci-après désignés. Je veux qu'ils « les tiennent et possèdent entièrement et d'une ma- « nière royale : de sorte qu'aucun impôt n'y soit levé, ï et que le monastère ne soit sujet d'aucune puissance « sur terre, excepté le saint siège de Rome ; car c'est « là qu'iront chercher et visiter saint Pierre ceux « d'entre nous qui ne peuvent aller à Rome2. Que « ceux qui me succéderont, soit mon fils, soit mes « frères, soit tout autre, maintiennent cette donation « inviolablement, en tant qu'ils veulent participer à « la vie éternelle, en tant qu'ils veulent être sauvés « du feu éternel ; quiconque en retranchera quelque a chose, que le portier du ciel retranche de sa part « dans le ciel ; quiconque y ajoutera quelque chose, « que le portier du ciel ajoute à sa part dans le
dedicationis ejus invitatis regibus christiariissimis , Ecgfrido et JElwino fratribus, cum abbatibus, prœfectisque et subregulis, totiusque dignitatis personis siraul in unum convenerunt. (Vita S. Wilfridi, apud Historiée britannicse et anglicanae scriptores, éd. Gale, t. I, p. 60.)
1. « Volo autem ut ii id teneant adeo regaliter, adeoque libère... » (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 36.)
, 2. « Volo item ut hic quœramus sanctum Petrum universi qui Romani hand poterimus profîcisci. » (Ibid.)
656 « ciel1. » Le roi prenait ensuite la feuille de parchemin qui contenait l'acte de donation, et il y traçait une croix ; après lui, sa femme, ses fils, ses frères, ses sœurs, les évêques, les officiers publics, et tous les personnages de haut rang, inscrivaient successivement le même signe en disant : « J'atteste et je « confirme. » La solennité commencée par cette grave cérémonie se terminait bruyamment par quelque chose de moins nouveau dans les mœurs des Anglo-Saxons, par un grand festin de trois jours et trois nuits, où le roi, les princes et les dignitaires de la cour tenaient table ouverte2.
Ce fut l'Église romaine qui, vers la fin du sixième siècle, introduisit la nation conquérante de la Bretagne parmi les peuples que le christianisme civilisait, et, après quatre siècles écoulés, cette même Église eut une grande part dans la catastrophe qui précipita les Anglo-Saxons du rang qu'ils avaient en Europe comme nation libre et autonome. Sous la menace d'une invasion étrangère, dans une crise de leur existence nationale où l'Église qu'ils nommaient leur mère pouvait beaucoup pour eux ou contre eux, ils la trouvèrent, non pas seulement indifférente, mais hostile au plus haut degré. Elle n'était plus alors, comme autrefois, une puissance purement spi-
1 . « Quicumque nostrum munus aut alterius cujuspiam boni viri munus diminuent, diminuât ejus partem cœlestis janitor in regno cœlorum ; quisquis autem id adauxerit, adaugeat ejus partern cœlestis janitor in regno cœlorum. » (Chron. saxon. , ed Gibson, p. 37.)
2. Deinde consummato sermone, magnum convivium trium dierum et noctium reges cum omni populo lœtitîcautes, magnanimes in bostes, bumiles cum servis Dei, inierunt. (Vita S. Wilfridi, apud Hist. britann. et anglk. script., ed. Gale. p. 60.)