LIVRE PREMIER
rituelle ; elle avait des intérêts politiques en même 65b temps que des intérêts religieux, faisant des premiers un moyen de servir les seconds, ou mêlant les uns aux autres dans une étrange confusion. C'est ainsi îoee que la papauté, au onzième siècle, s'engagea dans une entreprise dont le but était l'asservissement d'un peuple chrétien et orthodoxe, et promit, au nom de saint Pierre, l'absolution de tout péché à qui marcherait en armes contre ceux qui l'aimaient le plus et qu'elle avait le plus aimés.
Le détail de ces événements et de leurs conséquences occupera la plus grande partie de cette histoire, consacrée, comme l'indique son titre, au récit de la ruine du peuple anglo-saxon. Mais il n'est pas temps d'y arriver : il faut que le regard du lecteur s'arrête encore sur la race germanique victorieuse et sur la race celtique vaincue ; qu'il voie l'étendard blanc des Saxons et des Angles repoussant de plus en plus vers l'ouest l'étendard rouge des Kymris1, Les frontières anglo-saxonnes, continuellement reculées à l'occident, après s'être étendues au nord jusqu'au Forth et à la Clyde, furent pourtant resserrées de ce côté vers la fin du septième siècle. Les Pietés et les Scots, attaqués par Egfrith-, roi du Northumberland, l'attirèrent dans les gorges de leurs montagnes, le défirent, et après leur victoire s'avan-
1. Les poésies nationales des Cambriens désignent fantastiquement ces deux drapeaux ennemis par les noms de Dragon rouge et de Dragon blanc. Voyez les Poèmes des bardes bretons du sixième siècle traduits par M. de La Villemarqué, p. 282 et passim.
2. Eg, ecg, aigu, aiguisé : par extension, subtil ; frith, frid, fred, (ried, paix, pacifique.
684 cèrent au sud du Forth jusqu'à la rivière de Tweed, où ils posèrent la limite de leur territoire. Cette limite, que les habitants du sud ne déplacèrent plus dans la suite, marqua depuis ce jour le nouveau point de séparation des deux parties de la Grande-Bretagne1. Les peuplades de la race des Angles qui habitaient la plaine entre le Forth et la Tweed furent agrégées par ce changement de frontière à la population des Pietés ou à celle des Scots, nom que cette population mêlée prit bientôt seul, et dont s'est formé le nom moderne du pays 2.
A l'autre extrémité de l'île, les hommes de la
pointe de Cornouailles, tout isolés qu'ils étaient,
luttèrent longtemps pour leur indépendance, grâce
aux secours qu'ils reçurent quelquefois des Bretons
750 de l'Armorique. A la fin, ils devinrent tributaires des
Saxons occidentaux ; mais les habitants du pays de
Galles ne le devinrent pas : « Jamais, disent leurs
« vieux poëtes, non, jamais les Kymris ne payeront
« le tribut; ils soutiendront le combat jusqu'à la mort
« pour la possession des terres que baigne laWye3. »
C'est en effet aux rives de ce fleuve que s'arrêta la
domination anglo-saxonne ; le dernier chef qui l'agran-
soo dit fut un roi de Mercie appelé Offa \ Il franchit la
Saverneetla chaîne de hauteurs qui, formant comme
1. Picti terram suam, cujus partem tenebant Angli, recuperaverunt. (Henrici Huntind. Hist.} lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 336, éd. Savile.)