‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 77 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

qui n'avait jamais dormi sous un toit de planches, qui 787 jamais n'avait vidé la coupe auprès d'un foyer abrité * . 835

Il savait gouverner le vaisseau comme un bon cavalier manie son cheval, et à l'ascendant du courage et de l'habileté se joignait pour lui l'empire que donne la superstition ; il était initié à la science des runes, il connaissait les caractères mystérieux qui, gravés sur les épées, devaient procurer la victoire, et ceux qui, inscrits à la poupe et sur les rames, devaient préserver du naufrage 2. Égaux sous un pareil chef, supportant légèrement leur soumission volontaire et le poids de leur armure de mailles, qu'ils se promettaient d'échanger bientôt contre un égal poids d'or, les pirates danois cheminaient gaiement sur la route des cygnes, comme disent leurs poésies nationales 3 . Tantôt ils côtoyaient la terre, et guettaient leur ennemi dans les détroits, les baies et les petits mouillages, ce qui leur fît donner le nom de Vikings ou Enfants des anses; tantôt ils se lançaient à sa poursuite à travers l'Océan. Les violents orages des mers du nord dispersaient et brisaient leurs frêles navires ; tous ne rejoignaient point le vaisseau du chef, au signal du ralliement; mais ceux qui survivaient à leurs compagnons naufragés n'en avaient ni moins de confiance ni plus de souci ; ils se riaient des vents et des flots, qui n'avaient pu leur nuire : « La

1. Régis maritimi titulo is merito dignus videbatur, qui tigno sub fuliginoso nunquam dormiebat, et nunquam cornu exliauriebat ad focum sedens. (Inglinga saga, cap. xxxiv; Heimshringla edr Noregs konungasogor af Snorra Sturlusyni, t. I, p. 43.)

2. Sig-rûnar, les runes de la victoire; Brim-rûnar, les runes des flots. Voyez Edda Saemundar, hinns frôda, t. II, p. 195-197.

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