Ofer Swan rade
787 « force de la tempête, chantaient-ils, aide le bras de 835 « nos rameurs, l'ouragan est à notre service, il nous
« jette où nous voulions aller l. »
835 La première grande armée de corsaires danois et normands qui se dirigea vers l'Angleterre aborda sur la côte de Cornouailles ; et les indigènes de ce pays, réduits par les Anglais à la condition de tributaires, se joignirent aux ennemis de leurs conquérants, soit dans l'espoir de regagner quelque peu de liberté, soit pour satisfaire simplement leur passion de vengeance nationale. Les hommes du nord furent repoussés, et les Bretons de Cornouailles restèrent sous le joug des Saxons ; mais, peu de temps après, d'autres flottes, abordant du côté de Test, amenèrent les Danois en si grand nombre que nulle force ne put les empêcher de pénétrer au cœur de l'Angleterre. Ils remontaient le cours des grands fleuves jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé un lieu de station commode: là ils descendaient de leurs barques, les amarraient ou les tiraient à sec, se répandaient sur le pays, enlevaient de toutes parts les bêtes de somme, et de marins se faisaient cavaliers, comme s'expriment les chroniques du temps 2. D'abord ils se bornèrent à piller et à se retirer ensuite, laissant derrière eux, sur les côtes, quelques postes militaires et de petits camps retranchés, pour protéger leur prochain retour; mais bientôt, changeant de tactique, ils s'éta-
1. Marina1 tempestatis procella nostris servit remigiis, nec removet a proposito divectœ intentionis; quibus nec ingens mugitus cœli nec crebvi jactus fulminum unquam nocuerunt, favente gvatia elementoriun. [Hist. S. Eadmundi, anctore Abbone floriac. abbate, apud Surium, in Vit. sunctor., novemb. 20, t. VI, p. 441.)
2. "Wurdongeborsode. [Chron. mJon.,ed. Gibson, p. 139 et passim.)
blirent à demeure fixe, comme maîtres du sol et des 838 habitants, et refoulèrent la race anglaise du nord-est s?5 vers le sud-ouest, comme celle-ci avait refoulé l'ancienne population bretonne de la mer de Gaule vers l'autre mer *.
Les rois de mer qui attachèrent leur nom aux événements de cette grande invasion sont : Ragnar- Lodbrog et ses trois filsllubbo, Ingvar et Afden. Fils d'un Norvégien et de la fille du roi de Tune des îles danoises, Ragnar avait obtenu, soit de gré, soit de force, la royauté de toutes ces îles ; mais la fortune lui devint contraire; il perdit ses possessions territoriales, et alors, armant des vaisseaux et rassemblant une troupe de pirates, il se fît roi de mer. Ses premières courses eurent lieu dans la Baltique et sur les côtes de la Frise et de la Saxe; puis il fît de nombreuses descentes en Bretagne et en Gaule, toujours 865 heureux dans ses entreprises, qui lui valurent de grandes richesses et un grand renom. Après trente ans de succès obtenus avec une simple flotte de barques, Ragnar, dont les vues s'étaient agrandies, voulut essayer son habileté dans une navigation plus savante, et fit construire deux vaisseaux qui surpassaient en dimension tout ce qu'on avait jamais vu dans le nord. Vainement sa femme Aslauga, avec ce bon sens précautionneux qui, chez les femmes Scandinaves, passait pour le don de prophétie, lui remontra les périls où cette innovation l'exposait; il nel'écouta point, et s'embarqua, suivi de plusieurs centaines
1. Chron. saxon., éd. Gibson, p. 72. — Chron. Johan. Wallingford, apud Rer. ancjlic. Script., t. III, p. 532 et 533, éd. Gale.
865 d'hommes. L'Angleterre était le but de cette expédition d'un nouveau genre. Les pirates coupèrent gaiement les câbles qui retenaient les deux navires, et, comme ils disaient eux-mêmes dans leur langage poétique, lâchèrent la bride à leurs grands chevaux marins *.
Tout alla bien pour le roi de mer et ses compagnons tant qu'ils voguèrent au large ; mais ce fut aux approches des cotes que les difficultés commencèrent. Leurs gros vaisseaux, mal dirigés, échouèrent et se brisèrent sur des bas-fonds, d'où les bateaux de construction danoise auraient pu sortir aisément; les équipages furent contraints de se jeter à terre, privés de tout moyen de retraite. Le rivage où ils débarquèrent ainsi malgré eux était celui du Northumberland : ils s'y avancèrent en bon ordre, ravageant et pillant selon leur usage, comme s'ils ne se fussent pas trouvés dans une position désespérée. A la nouvelle de leurs dévastations, zElla, roi du pays, se mit en marche et les attaqua avec des forces supérieures; le combat fut acharné, quoique très-inégal, et Ragnar, enveloppé dans un manteau que sa femme lui avait donné en partant, pénétra quatre fois dans les rangs ennemis. Mais presque tous ses compagnons ayant succombé, lui-même fut pris vivant par les Saxons. Le roi^Ella se montra cruel envers son prisonnier: non content de le faire mourir, il voulut lui infliger des Tortures inusitées. Lodbrog fut enfermé dans un cachot rempli, disent les chroniques, de vipères et
1. History of the Antilo-Sa.ron?:, by Sliaron-Tuvnei*, vol. I, p. 176 et suiv. 5e tklit. Londres, 1H2B. — Torfei Hist. rer. norveg., t. I, p. 497.