‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 87 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

s'il était possible, et de rentrer en grâce avec lui. 87a Fortifié dans son île contre une surprise àe l'ennemi par des retranchements de terre et de bois, il y menait la vie dure et sauvage, réservée, dans tout pays conquis, au vaincu trop fier pour être esclave, la vie de brigand dans les bois, les marais et les gorges des montagnes. A la tête de ses amis, formés en bandes, il pillait le Danois enrichi de dépouilles, et, à défaut de Danois, le Saxon qui obéissait aux étrangers et les reconnaissait pour maîtres1. Ceux que le joug étranger fatiguait, ceux qui s'étaient rendus coupables envers le plus fort en défendant contre lui leurs biens, leurs femmes ou filles, leurs vinrent se ranger sous les ordres du chef inconnu qui refusait de partager la servitude générale. Après six mois d'une guerre de stratagèmes, de surprises et de combats nocturnes, le chef de partisans résolut de se nommer, de faire un appel à tout le pays de l'ouest, et d'attaquer ouvertement, sous l'étendard anglosaxon, le principal camp des Danois.

Ce camp était situé à Ethandun, sur la frontière des provinces de Wilts et de Sommerset, près d'une forêt appelée Sel-wood ou le Grand-Bois2. Avant de donner le signal décisif, Alfred voulut observer luimême la position des étrangers ; il entra dans leur camp sous l'habit d'un joueur de harpe, et divertit

1. Nihil enim habebat quod uteretur, nisi quo a paganis aut etiam a christianis, qui se paganorum subdiderant dominio, clam aut palam subtraberet. (Asser. Menev., de JSlfredi rébus gestis, apud Camden, Anlgica, Hibernira, etc., p. 9.)

2. Près de la ville de Frome; les environs s'appellent encore Woodland. •

lo2 CONQUÊTE DE L'ANGLETERRE

878 par des chansons saxonnes l'armée danoise, dont le langage différait peu du sien1; il se promena au milieu des tentes, et à son retour, changeant d'emploi et de caractère, il envoya des messagers dans toute la contrée d'alentour, assignant pour rendez-vous aux Saxons qui voudraient s'armer et combattre, un lieu nommé la Pierre d'Egbert 2, sur la lisière orientale du Grand • Bois, et à quelques milles de distance du camp ennemi3. Durant trois jours consécutifs, des hommes armés, partis de toutes les directions, arrivèrent au lieu assigné, un à un, ou par petites bandes. Chaque nouveau venu était salué du nom de frère, et accueilli avec une joie vive et tumultueuse. Quelques bruits de cette agitation parvinrent au camp des Danois ; ils démêlèrent autour d'eux l'apparence d'un grand mouvement ; mais, comme il n'y avait point de traîtres, leurs informations furent incertaines, et, ne sachant précisément où l'insurrection devait commencer, ils ne firent aucune manœuvre et se contentèrent de doubler leurs postes extérieurs. Ils ne tardèrent pas à voir flotter la bannière de West-sex, qui portait la figure d'un cheval blanc. Alfred attaqua leurs redoutes d'Ethandun par le côté le plus faible, les en chassa, et comme s'exprime une chronique saxonne, resta maître du champ de carnage 4.

1. Rex ipse tingens se esse joculatorem, assumta cithara, tentoria Danorum adiit. (Hist. Inguîf. Croyland., apud Rer. ancjlic. Script., t. I, p. 26, éd. Gale.) — Lingua Danorum anglicanœ loquela? vicina est. (Chronologia rer. septenir., apud Script, rer. danic, t. V, p. 26.)

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