‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 119 sur 228 · LIVRÉ II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRÉ II. — CHAPITRE IV

Telle lut la triste fin d'un prince dont le règne de plus d'un tiers de siècle opposa une puissante digue à l'esprit d'anarchie qui, se bissant sur son cadavre et promenant sa face hideuse sur toute la Péninsule italique , s'empara de cette ère déplorable que Muratori appelle secolo di ferro , secolo pieno d'iniqiiità.

Ce fut une grande et belle vie que la vie de Bérenger, si traversée de misères et de gloire , de bonheur et d'adversités; toujours noble et calme à travers les périls et les complots semés sur ses pas; toujours rayonnante de piété en face des débordemens de Rome elle-même; toujours sublime de clémence au milieu des plus noires ingratitudes.

On a blâmé amèrement ce prince d'avoir appelé d'indignes auxiliaires. Nous avons, nous aussi, exprimé le regret de rencontrer cette triste page dans l'histoire d'un tel monarque ; disons-le toutefois , ou plutôt rappelons qu'en Espagne , en France , en Italie , en Germanie , plusieurs princes de la chrétienté avaient avant lui commis la môme faute. Funeste exemple que Bérenger suivit peut-être dans la prévision que les maux préparés à l'Italie par la versatilité et l'inquiète ambition des grands , dépasseraient ceux qu'on pouvait redouter de la

part des Hongrois qu'il se flattait de pouvoir diriger et contenir.

La mort de ce prince fut pleur ée. Liuthprand raconte (1) que de son temps on montrait devant une église , à Vérone , une pierre qu'on disait teinte du sang de Bérenger, et que rien encore n'avait pu effacer cette tache.

Le temps , tôt ou tard , fait disparaître ces traces de folie et de crime sur nos places , sur les dalles et les seuils épouvantés des édifices publics; mais l'histoire est là, et son burin austère a d'impérissables stygmates pour le meurtre et la trahison... Quelquefois on voit chez un peuple des monumens élevés par une génération repentante en expiation d'un grand crime, brisés par la génération qui vient après \ comme importuns, comme accusateurs d'un passé qu'on ose ne plus déplorer... Hommes insensés! que n'effacent-ils le crime en effaçant les traces du repentir! Mais le crime reste, il reste pour jamais cloué au pilori de l'inflexible histoire, et leur stupide brutalité ne fait qu'imposer à l'historien la triste tâche d'enregistrer deux crimes de plus, la profanation et l'appel à de nouveaux attentats !

(t) Liuthp. , Hist., lib. il, cap. xx.

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